Blocus frontalier

Vacances domestiquesDear American friends,

Je regrette de devoir annuler ma visite prévue chez vous cet été. Les procédures permettant à un citoyen français résidant au Canada d’obtenir un visa sont en effet fort complexes. Les délais d’entrevue et de décision peuvent prendre jusqu’à deux mois. Enfin — et c’est la cerise sur le sundae — il me faudrait débourser pas moins de 100 $US pour obtenir un simple visa provisoire. À ce prix-là, j’espère que la gravure est aussi belle que celle des visas soviétiques !

Pour mémoire, j’ai obtenu mon visa de résident permanent au Canada pour 200 dollars d’ici. C’était il y a 16 ans, je vous l’accorde, mais quand même. Je suis également conscient que les mesures de contrôle des frontière mises en place par votre gouvernement, à la suite des attentats du 11 septembre, représentent une dépense importante et qu’il faut bien la financer. Reste que l’imposition d’un droit de visite de 100$ par tête de pipe est inacceptable de la part d’un pays se vantant de défendre de la libre circulation des biens, des personnes et des capitaux. Si j’ajoute à cela les mesures de sécurité qui règnent à l’entrée de votre consulat — on ne vous demande pas de vous déshabiller mais presque — le message que vous nous envoyez est le suivant : « Étrangers que seule l’amitié oblige à venir chez nous, comprenez que vous n’y êtes pas les bienvenus et allez passer vos vacances ailleurs. »

En conséquence, je vais vite me faire venir de France un passeport « lisible en machine », dit passeport Delphine, qui me rapprochera un peu plus de l’univers de Big Brother, certes, mais dont le produit financier restera au moins dans mon pays d’origine. Ce passeport sécurisé devrait me permettre de vous rendre visite pendant quelque temps sans trop de tracas frontalier. Si je comprends bien le scénario actuel, je suppose que vos fonctionnaires m’obligeront, dans un an, à l’échanger contre un passeport biométrique. Le cas échéant, dites-leur qu’ils se mettent le doigt dans la pupille, car j’aurai probablement obtenu, d’ici là, une authentique citoyenneté canadienne. L’ironie, c’est que j’en aurai fait la demande, après 16 ans de bonne et loyale résidence, afin de voyager en Amérique sans avoir à exhiber mon code génétique. Sage précaution, d’ailleurs, dans un Nouveau-Monde qui, à l’instar du bon vin et des mariages tristes, vieillit pour le meilleur et pour le pire.

Pour l’heure, j’irai donc passer ma dernière semaine de vacances sur la Côte-Nord du Québec. J’investirai les 100 $US épargnés à la frontière dans un bon couscous à l’orignal arrosé d’une bouteille de vin d’Espagne que je boirai — j’en fait le sarment — à la guérison de vos institutions.

Publié dans amicalmant.ca
2 commentaires sur “Blocus frontalier
  1. zara dit :

    Ils sont vraiment fous, ces américains. Et j’avoue que ce couscous à l’orignal m’intrigue beaucoup !

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