Christian Aubry

Web + Video = Communication @ Montreal, Qc

Archive for 22 February 2006

En attendant que Microsoft disparaisse


Le massacre des bébés pingouns

Ce soir, c’est décidé, je vais commettre le crime parfait de lèse-liberté. Je vais proclamer haut et fort, ici-même, que Windows XP est un excellent système, ou du moins le moins mauvais en ce qui concerne mon usage personnel. Un peu comme la démocratie, qui est loin d’être parfaite, était le système politique le plus acceptable au temps de Winston Churchill.

  1. Vous achetez l’ordi, vous poussez le bouton et, oh miracle! ça marche! Ceux qui disent que Windows XP n’est pas stable exagèrent, ne le connaissent pas ou l’utilisent en dépit du bon sens.
  2. Vous avez le choix entre des millions d’applications parfaitement fonctionnelles, gratuites ou payantes, libres ou propriétaires, en passant par l’intéressant concept du partagiciel.
  3. Vous pouvez brancher dessus des tonnes de périphériques qui fonctionnent immédiatement et sans nécessiter de triturer des fichiers de config ou de recompiler son noyau de pêche.

Mac OS… ah! Mac OS… Qu’y a-t-il de plus propriétaire et de plus fermé qu’un ordinateur Mac? Son système d’exploitation est très chic, certes, et très sophistiqué — pour ne pas dire élitiste. Jusqu’à maintenant, il ne fonctionnait que sur les machines fabriquées par La Pomme, sa généreuse (et pernicieuse) Maman. Vous allez me dire que ce n’est plus vrai, que Mac OS X est d’ailleurs basé sur Unix — une version proprio de Unix, bien sûr — mais tout ceci n’est-il pas, justement, le résultat d’une amère défaite face à la normalisation matérielle des PC ?

Linux… ah! Linux! Politiquement, philosophiquement, j’adore. En pratique, je n’ai jamais étudié l’informatique à l’école et, même après trois mois de cours du soir Linux, au Cégep Gérald-Godin, j’ai du mal à me satisfaire des fonctionnalités réduites de mon portable Toshiba sous Xandros OS (le Linux pour les nuls!), Mandriva ou Ubuntu.

  • Si je veux continuer à faire du montage vidéo numérique dans des conditions acceptables, mieux vaut que je conserve une partition Windows à côté.
  • Ni Nvu ni Quanta Plus ne m’offrent autant de satisfactions et d’efficacité pratique que Macromedia Dreamweaver.
  • Les tonnes d’outils de communication, de design ou de productivité, tranquillement maîtrisés sous Windows, n’ont souvent que de pâles équivalents sous Linux (chacun ses habitudes, après tout !).
  • Comment arriver à faire marcher ce @$/! de contrôleur Firewire livré avec mon Toshiba????
  • Où trouver le pilote de cette @$/!* de webcam Logitech?
  • Ai-je le temps, croyez-vous, de consacrer à ces broutilles des semaines entières de recherche, d’essai/erreurs et d’apprentissage par l’absurde?
  • Tabarnak! Même pas moyen d’installer ce pilote NTFS qui me donnerait accès, en lecture/écriture, à mes fichiers vidéos, acquis sous Windows, de plus de 4 Go! Faut que j’installe les sources du noyau, parait-il, mais C’EST DÉJÀ FAIT et ce maudit script d’installation ne le reconnait même pas!
  • Où est le soutien technique digne de ce nom qui me permettrait de ne pas regretter les 130 dollars investis dans ma licence commerciale de Xandros?
  • Où est cette communauté d’appropriation soi-disant “facile” de l’informatique libre qui devrait m’aider à échapper à cet infâme cercle vicieux? Ce n’est pas d’une “install fête” de quelques heures, dont j’ai besoin, mais d’une patiente formation à une informatique complexe, mal documentée et mal organisée.

Pourquoi suis-je membre de FACIL, pensez-vous?

  • Je l’ai écrit plus haut : politiquement, philosophiquement, j’adore. De façon cyclique, je suis prêt à souffrir pour la cause — jusqu’à ce que j’en aie assez et que je me rabatte à nouveau sur Windows.
  • Heureusement, aussi, je suis webmestre à mes heures et je n’ai aucun (hum… soyons honnête, peu de) problème à faire fonctionner mes serveurs Linux ou Unix. Mes besoins, à ce niveau, sont moins complexes et les résultats me satisfont pleinement.
  • Des tonnes de logiciels libres fonctionnent aussi sur Windows, fort heureusement, et ils me rendent d’excellents services, sans me rendre à moitié fou.
  • J’aime les gens qui ne jurent que par les logiciels libres. Ils me fascinent par leur capacité technique à maîtriser cet environnement dont la logique m’échappe. Ils stimulent mon esprit par leurs prises de position rebelles, en marge de l’establishment commercial et en phase avec une philosophie plus exigeante, plus juste et plus humaine que je pense partager avec eux.
  • Je suis convaincu que les institutions d’enseignement, de santé et toutes les administrations publiques auraient un intérêt majeur à investir dans les logiciels et plateformes libres plutôt que dans leurs concurrents propriétaires. À terme, la manne de talents et de moyens prodigués par l’État devrait d’ailleurs faire disparaître les freins affectant ma capacité à adopter ces plateformes dans ma vie informatique quotidienne.

Quand j’entends parler, pour la 357ème fois, d’une action contre Microsoft visant à obtenir le remboursement de Windows, cependant, je décroche. Certains affirment que Linux n’est pas une religion, mais je ne vois pas d’autre explication à une telle démarche d’arrière-garde.

  1. Tout le monde sait, maintenant, que Microsoft a souvent abusé de ses positions commerciales dominantes. Il n’y a plus rien à prouver et les limites du droit, à cet égard, ont déjà été atteintes. Il y a mieux à faire.
  2. Mettre sur pied des entreprises à action positive qui renforcent l’efficacité du Libre, pour le commun des humains formatables, par exemple.
  3. Créer une permanence FACIL d’entraide, le samedi après-midi — un autre exemple — afin de dépanner les congénères aux prises avec un problème insoluble.
  4. Renforcer les équipes de développement des produits libres multiplateformes, comme Mozilla, OpenOffice ou GAIM, pour en citer trois.
  5. Documenter des solutions viables pour les besoins spécifiques (édition Web, multimédia, périphériques mal supportés, Wifi 54G, etc.).
  6. Aider Xandros (une compagnie canadienne!) à franciser et à documenter rapidement sa Debian, peu importe qu’elle soit “community”, “hallal” ou “casher”, peu importe qu’elle soit payante ou gratuite. C’est une distro Linux pour les nuls et c’est exactement de cela dont “la cause” a besoin.

Fin du sacrilège. Et maintenant, à quoi dois-je m’attendre ? Des bâtons ou débattons ?

Soyons pragmatiques et efficaces. Si les humains composant la vaste communauté du Libre y arrivent, leurs bases philosophiques, économiques et technologiques sont si solides que Microsoft n’existe plus.