Christian Aubry

Web + Video = Communication @ Montreal, Qc

Archive for 26 November 2006

Le Liban se souvient


Ruines du temple de Baalbeck
Une colonnade de Baalbeck

Depuis le « portrait de blogueuse » réalisé avec Philippe et Pamela Chrabieh, j’ai pris l’habitude d’aller visiter régulièrement l’excellent blogue de cette jeune intellectuelle canado-libanaise. Il est des blogues divertissants et d’autres intéressants, mais celui-ci, me semble-t-il, est essentiel.

La plupart des citoyens du monde un tant soit peu « conscientisés » ont éprouvé un profond malaise, la semaine dernière, en apprenant l’assassinat du jeune ministre Pierre Amine Gemayel à Beyrouth, au Liban. Jusqu’à quand le pays du Cèdre, avec lequel la francophonie a tissé tant de liens au fils des siècles, souffrira-t-il l’horreur d’un état de guerre permanent qui n’en finit pas de pulvériser le destin de ses enfants ?

Pamela était justement à Beyrouth, ce jour-là, et c’est grâce à sa voie de perdition que j’ai pris connaissance des « embouteillages monstres » qui avaient paralysé la ville à l’annonce de l’attentat, avant même que l’AFP n’en fasse état dans ses dépêches en utilisant les mêmes mots. Mardi, mercredi, jeudi, Pamela résuma avec retenue et concision les évènements de la journée. Vendredi, sa plume semblait reprendre vie, exprimant les émotions et les craintes des jeunes Libanais.

Aujourd’hui, dimanche, Pamela publiait ce long billet consacré au souvenir. Le Liban se souviendra toujours, dit-elle, de ses leaders assassinés dans ce qu’elle perçoit comme une entreprise méthodique de destruction des élites. Il se souvient des beautés disparues du pays d’avant la guerre, un souvenir précieux pour ceux qui se refusent à abandonner la partie. Passé les faits bruts, les émotions et l’indignation, la jeune femme rallume donc la flamme de l’analyse, prélude de l’action. Ce faisant, elle nous entraine jusqu’aux confins de nous-mêmes, évoquant l’ombre du totalitarisme non violent qui plane sur un Occident dont l’état de paix et de liberté n’est peut-être qu’une illusion.

Jeudi prochain, le 30 novembre, une soirée de projections multimédias sur les 34 jours de la guerre du Sud-Liban de l’été dernier a lieu à la Bibliothèque Atwater, à Montréal. Cela aussi, je l’ai appris dans le blogue de Pamela, une jeune femme qui, décidément, ne renie absolument aucune partie d’elle-même.


Patriotisme et nationalisme


Enver Pacha
Ismail Enver (photo: Wikipedia)

J’ai placé un signet à la page 166 d’Origines, le roman biographique familial de l’écrivain libanais Amin Maalouf, que je lis actuellement. Ce passage pourrait être d’intérêt lors d’une prochaine bataille politique au Québec. L’empire auquel il y est fait allusion n’est pas l’Empire britannique, mais l’Empire ottoman, dont le Liban faisait partie au début du XXème siècle. Citation :

« Il y avait, à l’évidence, un grave malentendu. Qui allait peser sur le destin de mon grand-père, mais également sur celui de l’Empire au sein duquel il avait vu le jour. Botros était un patriote. L’officier dont il avait emphatiquement salué l’épée à l’aube de la révolution était un nationaliste. On a trop souvent tendance à rapprocher les deux attitudes, et à considérer que le nationalisme est une forme accentuée du patriotisme. En ce temps-là — et sans doute à d’autres époques aussi — la vérité était toute autre : Le nationalisme était exactement le contraire du patriotisme. Les Patriotes rêvaient d’un Empire où coexisteraient des peuples multiples, parlant diverses langues et professant diverses croyances, mais unis par leur commune volonté de bâtir une vaste patrie moderne qui insufflerait aux principes prônés par l’Occident la sagesse subtile des âmes lévantines. Les nationalistes, eux, rêvaient de domination totale quand ils appartenaient à l’ethnie majoritaire, et de séparatisme quand ils appartenaient aux communautés minoritaires; l’Orient misérable d’aujourd’hui est le monstre né de leurs rêves conjugués. »

Fin de citation. Remplacez le mot « Orient » de la dernière phrase par le mot « Canada » (si vous êtes patriote) ou « Québec » (si vous êtes nationaliste) et le tour est joué.