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Bonne fĂȘte, Canada !Le RĂ©seau de l’information (RDI) diffusait un excellent reportage de l’Ă©mission The Fifth Estate, hier soir : La machine Ă  nier, version française de The Denial Machine. On y dĂ©monte la machine de propagande qui a permis aux fabricants de tabac de nier le lien entre leurs produits et le cancer pendant des dizaines d’annĂ©es. Plus intĂ©ressant encore, on y dĂ©montre comment cette machine Ă  nier l’Ă©vidence sous de faux prĂ©textes scientifiques s’est mise au service de l’industrie pĂ©troliĂšre, ces derniĂšres annĂ©es, afin de rĂ©futer le lien entre celle-ci et le rĂ©chauffement climatique… si tant est que celui-ci existe (!).

Il est Ă©tonnant de voir Ă  quel point les humains sont idiots et combien certains d’entre eux, pourtant intelligents, envoient leurs semblables au casse-pipe sans Ă©tat d’Ăąme, avec un cynisme et une malveillance consommĂ©e. Que cela arrive aux États-Unis, c’est une chose. Que des industriels et des politiciens canadiens appliquent les mĂȘmes recettes que leurs homologues amĂ©ricains, c’en est une autre dont on ne peut pas tirer grande fiertĂ©.

Ce matin, je lis dans LibĂ©ration un excellent reportage qui expose en dĂ©tails la catastrophe Ă©cologique entraĂźnĂ©e par l’exploitation des sables bitumineux albertains : Au Canada, le sale coĂ»t du pĂ©trole des sables. Mettant ces informations en perspective avec ce que j’ai entendu sur RDI hier soir, je me dis que le gouvernement conservateur du Canada est effectivement bien entraĂźnĂ© Ă  travestir la rĂ©alitĂ© Ă  l’avantage d’une Ă©conomie dĂ©passĂ©e.

Ces errances et ces mensonges protĂ©geront l’activitĂ© industrielle Ă  court terme, certes, mais elle sĂšmera la mort par millions, au Canada et Ă  travers le monde. Par ailleurs, c’en est fait de la rĂ©putation saine et avant-gardiste du Canada. Fini le mythe des « grands espaces », des lacs immenses aux eaux pures et des forĂȘts borĂ©ales Ă  perte de vue. Lui succĂšde de plus en plus la vision dĂ©vastatrice d’un des derniers territoires prĂ©servĂ©s de la planĂšte en proie Ă  la voracitĂ© destructrice de notre espĂšce.

Espérons que les Canadiens auront le courage de regarder cette réalité en face et de prendre leurs responsabilités lors des prochaines élections fédérales. Encore faudrait-il que le Parti Libéral version 2007 ne fasse pas partie du problÚme, mais de la solution.

Jeu, tabac et cupidité

Une bonne nouvelle ne vient jamais seule. Mercredi dernier, Loto-QuĂ©bec, la sociĂ©tĂ© d’État quĂ©bĂ©coise rĂ©gissant les jeux et loteries, prĂ©sentait son rapport annuel Ă  la presse sous le titre « L’Ăšre de la croissance continue est rĂ©volue Ă  Loto-QuĂ©bec ». Les esprits matĂ©rialistes comprenaient que la SociĂ©tĂ© avait engrangĂ© moins de profit et versĂ© moins d’argent au budget consolidĂ© de l’État quĂ©bĂ©cois que lors des exercices prĂ©cĂ©dents. Les esprits holistiques se consolaient en pensant que moins de gens avaient succombĂ© au mirage du gain miraculeux, que moins de pauvres s’Ă©taient appauvris davantage et que le ministĂšre de la SantĂ© et des services sociaux allait dĂ©penser moins d’argent pour soigner les plus compulsifs d’entre eux. Mais ce n’est pas tout !

L’analyse rĂ©vĂšle en effet que 72 % de la baisse enregistrĂ©e est attribuable Ă  la Loi sur le tabac, entrĂ©e en vigueur l’an dernier, qui aurait Ă©loignĂ© de nombreux joueurs des bars abritant des loteries vidĂ©os. Quelle bonne nouvelle ! Cela indique que la Loi sur le tabac est doublement utile, rĂ©duisant Ă  la fois le tabagisme et le jeu compulsif.

Évidemment, MonChoix.ca, un site Web soi-disant associatif mais, en rĂ©alitĂ©, habilement manipulĂ© par l’Association des manufacturiers de tabac (j’en suis toujours « membre », semble-t-il!), n’est pas du mĂȘme avis. L’Ă©tat des finances publiques l’inquiĂšte plus que celle des Canadiens dont les droits fondamentaux, comme chacun sait, sont baffouĂ©s par les impĂ©ratifs de santĂ© publique.

Comme Loto-QuĂ©bec est une vache Ă  lait du gouvernement, QuĂ©bec va peut-ĂȘtre prendre des moyens pour que les revenus de sa richissime sociĂ©tĂ© d’État retrouvent le chemin de la croissance. Solution : permettre aux clients des loteries vidĂ©o de fumer dans des salons spĂ©cialement amĂ©nagĂ©s?

C’est effectivement une bonne solution pour un retour en arriĂšre dont, heureusement, la majoritĂ© des quĂ©bĂ©cois ne veut pas. L’industrie du tabac dĂ©montre une fois de plus son cynisme, espĂ©rant ouvertement que le gouvernement dĂ©mocratique du QuĂ©bec agira selon les lois mĂ©caniques du capitalisme sauvage, plaçant l’intĂ©rĂȘt de l’actionnaire avant celui du citoyen. Fort heureusement, ce ne sera pas le cas.

À lire aussi :

L'homme nomade

Je viens de me lancer dans la lecture de L’homme nomade, un essai de Jacques Attali datant de 2003. J’ai lu une bonne demi-douzaine d’essais de cet intellectuel français et je sens que celui-ci va nourrir ma vision du monde au moins autant que les prĂ©cĂ©dents.

Je me retrouve en effet dans sa vision du nomadisme comme propre de l’homme, depuis la nuit des temps et jusqu’aux espaces virtuels que nous parcourons aujourd’hui, d’un blogue Ă  l’autre, d’un projet au suivant. Ayant plusieurs fois changĂ© de mĂ©tier, pas mal voyagĂ© et Ă©migrĂ© d’Europe en AmĂ©rique, je me perçois moi-mĂȘme comme un nomade, ne m’installant en un lieu, un couple, une mission professionnelle ou un Ă©tat social que le temps de m’en nourrir, de livrer la marchandise, de laisser derriĂšre moi quelque rĂ©alisation dont je sois fier et de me prĂ©parer Ă  un nouveau dĂ©part.

Dans le chapitre 3.1 (Vivre ensemble), Attali aborde la question de l’identitĂ© au sein des groupes humains. Au cours de notre Ă©volution, note-t-il, « Le nom des peuples compte moins que ceux des individus. Quand ils commencent Ă  se donner des noms (…), nombre de peuples se dĂ©signent simplement par le mot qui signifie « les hommes Â», « nous-mĂȘmes Â», « ceux qui parlent la mĂȘme langue Â», « le peuple Â», « la famille Â» ou encore « le patrimoine Â». Et comme ce nom est en gĂ©nĂ©ral pour eux dĂ©nuĂ© d’importance, ils en changent souvent pour prendre ceux des peuples auxquels ils se mĂȘlent, conquĂ©rants ou vaincus. Les sentiments d’appartenance et d’identitĂ© ne viennent que beaucoup plus tard. Â»

Ainsi, je ne sais plus trop moi-mĂȘme si je suis « français Â» (car je ne vote plus en France), « canadien Â» (n’ayant toujours pas demandĂ© cette citoyennetĂ©) ou « quĂ©bĂ©cois Â» (Ă©tant ambivalent face Ă  la question nationale). Les qualificatifs dans lesquels je me retrouve le mieux, depuis une dĂ©cennie, sont « montrĂ©alais Â» (proximitĂ©) et « citoyen du monde Â» (globalitĂ©). Au fond, la question de mon appartenance identitaire m’importe peu.

Jacques Attali poursuit : « Ă€ la diffĂ©rence du nom du groupe, celui de chaque individu importe beaucoup; c’est celui d’un ĂȘtre vivant et il ne faut jamais le profĂ©rer sous peine de le voir partir, lui-mĂȘme nomade, et, avec lui, voir disparaĂźtre l’identitĂ© de qui le porte. Encore aujourd’hui, certains Inuit changent de nom Ă  intervalles rĂ©guliers pour renaĂźtre avec chaque nouveau patronyme et vivre ainsi des sortes de rĂ©incarnations symboliques. Â»

En mĂ©ditant ce passage comme on mĂąche une feuille de coca, je pense Ă  l’importance que les gens du milieu que je frĂ©quente attachent Ă  leur « identitĂ© numĂ©rique Â», la dĂ©clinant Ă  l’infini dans toutes sortes de communautĂ©s nomades en ligne : Linkedin, Viadeo, Facebook, Flickr, etc., sans parler de leur propre blogue, bien sĂ»r. Certains, comme moi, cĂšdent parallĂšlement Ă  une pulsion sĂ©dentaire contradictoire qui leur fait redouter la profanation (soit le vol) de leur identitĂ©, protĂ©geant le mieux possible, malgrĂ© ce dĂ©ballage flagrant, leurs prĂ©cieux renseignements personnels.

Je me rappelle aussi les diffĂ©rentes identitĂ©s fictives qui furent les miennes Ă  travers les dĂ©cennies. Lorsque j’avais 20 ans et que je jouais de la guitare basse au sein d’un groupe nommĂ© Ejakulakoss Pression (sic), le nom Christian Aubry m’apparaissait banal et trop français pour sonner jazz. Sur scĂšne, je prĂ©fĂ©rais donc me faire appeler « Chris O’Bry Â». Aujourd’hui, cela me fait sourire car, heureusement, le ridicule ne tue pas. 🙂

Cinq ans plus tard, lorsque je jouais Ă  un grand jeu social et artistique nommĂ© Hexameron (une rĂ©fĂ©rence thĂ©ologique dont il faudra que je raconte un jour la rĂ©surgence parisienne de 1983-84), je me suis d’abord appelĂ© « Palsembleu Â», Prince du Pays oĂč la mer s’enfonçe (re-sic), puis « Rootshield Â», allusion Ă  la pseudo-lignĂ©e ludo-aristocratique de Palsembleu et Ă  son alliance avec le clan des Marchands. Étonnamment, 23 ans plus tard, ces identitĂ©s fantasques hantent toujours mon imaginaire puisque je les utilise encore pour nommer mes ordinateurs personnels, prothĂšses numĂ©riques indispensables Ă  ma survie.

Enfin, bien entendu, il y a « Ami Calmant Â». Ce surnom remonte Ă  1995, l’annĂ©e du second rĂ©fĂ©rendum sur la SouverainetĂ© du QuĂ©bec. EmportĂ© par la marche de l’histoire, je participais Ă  d’intenses joutes oratoires sur les forums en ligne entre partisans passionnĂ©s et farouches opposants du projet. Essayant de tempĂ©rer les dĂ©rapages haineux des uns et des autres, je concluais mes messages par cette formule de politesse revisitĂ©e, suivie de mes initiales, « C.A. Â». C’est ainsi qu’« amicalmant Â» devint mon pseudonyme sur de nombreux forums et que, tout naturellement, j’ai hĂ©bergĂ© mon blogue personnel, de 2003 Ă  2007, sur le domaine amicalmant.ca. 😉

Et vous, chers nomades qui explorez ma caverne pendant quelques minutes avant de repartir vers d’autres villages, quelles sont les identitĂ©s individuelles et/ou sociales qui marquent votre vie ?

PS : je dĂ©die ce billet Ă  ma fille, Juliette, qui fĂȘte aujourd’hui ses 14 ans. Puisse les enfants de ses petits-enfants le relire avec tendresse et amusement dans 120 ans. 🙂

Blackberry écrasé

J’ai un faible pour la plume incisive de Patrick LagacĂ© depuis ses premiĂšres chroniques dans MultimĂ©dium, en 1999. J’aime son style Ă  l’emporte-piĂšce, la musicalitĂ© de ses phrases propulsĂ©es Ă  la vitesse d’une balle de golf, sa libertĂ© de penser tout bas ce qu’il peut se permettre de dire tout haut, puisqu’on a la bontĂ© de le payer pour ça.

Son dernier billet aurait pu s’intituler « Confession d’un Crackberry », mais la rĂ©daction de Cyberpresse a prĂ©fĂ©rĂ© un « Patrick Lagacé : pourquoi je largue mon BlackBerry », plus descriptif et plus direct. Il n’en s’agit pas moins d’un tĂ©moignage Ă©difiant sur la dĂ©pendance Ă  laquelle en arrivent les accrocs du Blackberry, ce petit tĂ©lĂ©phone/PDA toujours connectĂ©.

AprĂšs deux ans de frĂ©quentation fusionnelle, c’est fini, terminĂ©, kaput. Je largue mon BlackBerry. Une machine qui permet Ă  un ĂȘtre humain d’ĂȘtre joignable 24 heures sur 24, qui fait entrer des correspondants invisibles dans son quotidien, dans son salon, dans son intimitĂ©, c’est forcĂ©ment une machine toxique.


Cela me fait penser Ă  une aventure rĂ©cente que j’ai vĂ©cue sur le site social Facebook. Je n’avais aucune raison impĂ©rative d’y adhĂ©rer mais j’ai fini par le faire quand mĂȘme, histoire de ne pas ĂȘtre le dernier des derniers. PremiĂšre erreur.

La seconde, je l’ai commise en ajoutant mon numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone cellulaire Ă  mon profil. À partir de ce moment-lĂ , j’ai commencĂ© Ă  recevoir des SMS Ă  n’importe quelle heure du jour et de la nuit pour m’indiquer qu’untel, que je connais, ou untel, que je ne connais pas, souhaitaient devenir mes « amis ». Si je rĂ©pondais, je me voyais facturer un SMS de 10 cents par mon fournisseur. Si je ne rĂ©pondais pas, j’Ă©tais le dernier des caves, des rĂ©actionnaires, des mal connectĂ©s.

Heureusement, l’architecture de Facebook m’a permis de me soustraire Ă  cette horreur rapidement. Il ne faut jamais oublier que les technologies sont supposĂ©es ĂȘtre au service de l’humain, et non le contraire. Merci Ă  Patrick de nous l’avoir rappelĂ©. Et bonne fin de semaine en famille )

PS : En parlant de machine, c’est quand mĂȘme incroyable que l’ancien blogue de Patrick, sur CanoĂ«, sorte encore en premiĂšre ligne lorsqu’on tape Patrick LagacĂ© dans Big G, sept mois aprĂšs qu’il ait dĂ©mĂ©nagĂ© sur Cyberpresse. Cette situation est Ă©videmment due au lien rĂ©barbatif de la page d’accueil sur CanoĂ« et, Ă©galement et surtout, Ă  la balise <title>, qui affiche « Blogue de Patrick Lagacé » chez l’un et « Cyberpresse – Site de nouvelles – MontrĂ©al – QuĂ©bec – Canada ! Patrick Lagacé » chez l’autre. LĂ  encore, la luciditĂ© et la simplicitĂ© paient.

Un choix plutĂŽt tranchantSavez-vous Ă  quoi ressemble une excision dite « traditionnelle » en Afrique ? GrĂące Ă  l’oeil tranchant du photographe Robert Skinner, finaliste du Concours canadien de journalisme 2004, je peux vous le montrer : cela ressemble Ă  ça. Imaginez-vous maintenant dans la peau d’une jeune femme guinĂ©enne ayant vĂ©cu cette horreur et qui, 20 ans plus tard, se rĂ©fugie Ă  MontrĂ©al pour y mettre au monde une petite fille. Celle-ci acquiert de facto la citoyennetĂ© canadienne et vous, bien entendu, vous invoquez le droit d’asile, conformĂ©ment Ă  la Convention de l’ONU relative au statut des rĂ©fugiĂ©s. AprĂšs tout, aucune petite fille au monde (et notamment pas une canadienne) ne devrait ĂȘtre tenue de supporter ça.

Mise Ă  jour le 9 juin — Ouf ! Oumou TourĂ© ne sera pas expulsĂ©e. Merci, Canada !

Imaginez que les fonctionnaires de CitoyennetĂ© et Immigration Canada vous le refusent et, l’Ă©tĂ© dernier, dĂ©cident de vous renvoyer dans votre pays en juillet 2007. Vous savez que le taux d’excision varie, chez vous, de 96 Ă  98 %. Bien entendu, vous remuez Ciel et Terre pour Ă©viter ça, vous tentez de faire renverser la dĂ©cision, vous obtenez le soutien de moult organisations humanitaires, mais cela ne donne rien. Pour conclure, imaginez que les seuls choix qui vous restent sont les suivants :

  1. Retourner dans votre pays oĂč votre petite fille aura 9,7 chances sur dix de subir ce mĂȘme traitement barbare;
  2. l’abandonner au Canada et avoir 9,7 chances sur dix de ne plus la revoir;

Vous choisiriez quoi, dßtes ?

VoilĂ  le dilemne cornĂ©lien auquel est confrontĂ©e Oumou TourĂ©, mĂšre de la petite Fanta. Abandonner son enfant ou l’emmener avec elle pour qu’elle se fasse cisailler le clitoris Ă  la lame de rasoir.

Mardi soir, heureusement, Radio Canada et la Presse Canadienne se sont enfin emparĂ©s de l’affaire. Souhaitons que la pression mĂ©diatique, une fois de plus, rĂ©ussira lĂ  oĂč la raison d’État a failli et que les autoritĂ©s canadiennes renverseront, d’une maniĂšre ou d’un autre, cette cruelle dĂ©cision. n’empĂȘche que c’est quand mĂȘme incroyable qu’il faille ameuter la presse pour en arriver là !

À vos blogues, citoyen ! Montrer donc Ă  ces petits fonctionnaires bien nantis, dans leurs petits bureaux, calĂ©s sur leur fond de pension, comme le fil du CinquiĂšme Pouvoir est tranchant !

*

PS : ce soir, c’est soirĂ©e Yulblog. J’ose espĂ©rer qu’on y discutera un peu plus de l’affaire Oumou TourĂ© que de l’affaire Zeke qui, elle aussi, soit dit en passant, n’aurait jamais dĂ» exister.

Photo de mon trousseau de clĂ©s dans ma serrure de porte donnant sur la rueDans quelle mĂ©tropole pourrais-je bĂȘtement oublier mes clĂ©s dans la serrure de ma porte et les retrouver une heure plus tard Ă  la mĂȘme place, sans que quoi que ce soit n’ait Ă©tĂ© volĂ© — surtout pas mes ordinateurs et mon prĂ©cieux Ă©quipement vidĂ©o ? En ce qui me concerne, je n’ai vĂ©cu cela qu’Ă  MontrĂ©al, et Ă  deux reprises (!), la derniĂšre datant de la semaine derniĂšre. Le trousseau de clĂ©s comprenait Ă©galement ma clĂ© d’auto, celle-ci Ă©tant stationnĂ©e juste en face. Pour me la faire voler, il aurait peut-ĂȘtre fallu que je joigne aussi les papiers et une dĂ©claration de legs en bonne et due forme 🙂

Notez que ce billet n’est pas une invitation Ă  tenter la mĂȘme expĂ©rience pour le fun. MontrĂ©al est une ville gĂ©niale aux passants [pour la plupart] honnĂȘtes, mais admettons quand mĂȘme que je suis un gars chanceux 🙂

Qui veut gagner des millions ?RĂ©cemment, j’ai indiquĂ© les deux raisons majeures pour lesquelles je n’ai pas votĂ© Sarkozy Ă  la derniĂšre Ă©lection prĂ©sidentielle française. Il faudrait y ajouter sa tangente Ă©litiste : une doctrine Ă©conomique favorisant l’enrichissement individuel plutĂŽt que collectif, ses nuits post-Ă©lectorales au Fouquet’s, ses jogging Ă  Malte, ses escapades de milliardaire, ses amitiĂ©s mondaines affichĂ©es comme autant de symboles de distinction sociale.

En ce qui concerne son projet de rĂ©forme de l’impĂŽt, en revanche, je suis plus mitigĂ©.

  • Bouclier fiscal : aucun contribuable ne pourra donner plus de la moitiĂ© de ses revenus tirĂ©s du travail Ă  l’Etat par l’impĂŽt. Cette mesure ne favorise que les plus riches. Il faut voir si elle aidera Ă  contrer l’Ă©vasion fiscale ou pas, car a priori, elle est socialement rĂ©trograde et politiquement risquĂ©e.
  • RĂ©forme de l’impĂŽt sur la fortune, avec la mise en place d’une dĂ©duction pour investissement dans les PME. Mmmh, ce n’est peut-ĂȘtre pas une si mauvaise idĂ©e, au fond. Cela peut potentiellement favoriser la croissance et obliger l’argent qui dort Ă  se rĂ©veiller et Ă  circuler. Qu’on l’aime ou non, l’argent reste le sang de l’Ă©conomie. Son existence n’est pas un problĂšme pour autant qu’il circule.
  • Sarkozy souhaite que 95 % des successions soient exonĂ©rĂ©es d’impĂŽts. Dans le cas des classes moyennes, je suis assez d’accord. On devrait imposer le travail et le capital Ă  la source, mais ne pas le taxer encore Ă  l’occasion d’une succession. En clair, le « multi-taxage » devrait ĂȘtre banni de la fiscalitĂ© de tous les Etats au profit d’une premiĂšre imposition plus juste au plan social.

Bref, la politique est une chose compliquĂ©e. DĂšs qu’on laisse de cĂŽtĂ© doctrines et idĂ©ologies, il devient plus difficile de faire la part des choses et, donc, de voter. Quand, en plus, on vit, on s’informe, on consomme et on paie ses impĂŽts Ă  5 000 kilomĂštres, cela devient carrĂ©ment de l’irresponsabilitĂ©.

Femme agenouillĂ©eSans le dĂ©sir de stimuler la curiositĂ© scientifique de ma fille, Juliette, je n’aurais peut-ĂȘtre jamais eu celle î șî ș quasi morbide, Ă  en croire les reportages î șî ș d’aller visiter l’exposition Le monde du corps 2, hier matin, au Centre des sciences de MontrĂ©al. C’eĂ»t Ă©tĂ© bien dommage, car il s’agit rĂ©ellement d’un travail scientifique et didactique de premier ordre.

Le parcours du visiteur commence par plusieurs vitrines anatomiques dĂ©nuĂ©es de tout sensationnalisme et ce n’est qu’ensuite, une fois qu’on est dans le vif du sujet, si je puis dire, que l’on dĂ©couvre les corps « plastinĂ©s » par le fameux Dr . Gunter von Hagens et prĂ©sentĂ©s de façon suggestive afin de mieux illustrer le propos anatomique propre Ă  chacun. Encore lĂ , ces figures sont assorties de vitrines « classiques » dans lesquelles des organes sains et malades sont prĂ©sentĂ©s. Au fil du propos, on se dĂ©tache de la mise en scĂšne pour mieux capter l’information anatomique et la leçon d’hygiĂšne de vie qui nous est transmise.

Au final, je n’ai ressenti ni dĂ©goĂ»t ni curiositĂ© morbide au cours de ce parcours didactique. J’ai eu plutĂŽt la sensation d’apprendre plein de choses passionnantes sur mon propre corps et ceux de mes semblables. Comme dit la sagesse populaire, j’avais « mis le doigt dessus », mĂȘme s’il est interdit de prendre en photo (honte aux marchands !) et de toucher les Ă©clatĂ©s.

Évidemment, la banalisation de la mort, ou plus exactement son esthĂ©tisation, peut inquiĂ©ter a priori et elle n’a pas manquĂ© de faire sourciller les censeurs religieux. PrĂ©sentĂ©e au public il y a un ou deux siĂšcles, cette exposition aurait terminĂ© au bĂ»cher. En ce dĂ©but de XXIe siĂšcle, cependant, nos cerveaux sont prĂȘts Ă  regarder la rĂ©alitĂ© en face et le spectacle de la vie par-delĂ  la mort n’est plus ce qu’il Ă©tait.

Je ne peux m’empĂȘcher de penser que la grande dĂ©ferlante d’images et d’abstractions de la seconde moitiĂ© du XXe siĂšcle sont Ă  l’origine de ce dĂ©tachement. Nous avons vu tellement d’images de guerre, de sang, de mort, de famine, de profanation et d’horreurs de toutes sortes que notre cerveau a appris Ă  ne plus s’en effrayer. Qu’on le veuille ou non, il fait maintenant la diffĂ©rence entre le spectacle froid et « extĂ©rieur » de la mort et l’irruption Ă©motionnelle de celle-ci dans notre propre vie. La contraception, l’avortement et les biotechnologies de pointe nous ont aussi amenĂ©s Ă  repousser le seuil de ce qui peut ĂȘtre considĂ©rĂ© come contraire Ă  la morale et Ă  l’Ă©thique. Cet aspect philosophique et social de la visite est loin d’ĂȘtre inintĂ©ressant.

Science et mercantilisme

CĂŽtĂ© organisation, cependant, le Centre des sciences de MontrĂ©al fait pitiĂ©. J’avais soigneusement rĂ©servĂ© mes billets en ligne ― 56 $ pour un adulte et une ado, ce n’est vraiment pas donné ! ― assortis d’un rendez-vous Ă  heure fixe, dimanche Ă  17h. Il Ă©tait conseillĂ© de se prĂ©senter Ă  la porte 30 minutes Ă  l’avance, mais sur place, on nous apprenait qu’il y aurait 75 minutes de retard sur l’horaire ! Cela nous obligeait Ă  poireauter 1h45 avant d’ĂȘtre enfin admis dans le saint des saints. Inadmissible !

J’ai dĂ» faire intervenir un superviseur pour dĂ©placer ma rĂ©servation « non Ă©changeable-non remboursable » Ă  11h, le lendemain matin. Eh bien croyez-le ou non, une heure Ă  peine aprĂšs l’ouverture des portes, le planning des entrĂ©es avait dĂ©jĂ  pris 30 minutes de retard ! Il faut croire que l’on vend trop de billets sur place Ă  la derniĂšre minute ou bien que l’on met un point d’honneur Ă  imposer une file d’attente au visiteur, histoire de le mettre en condition.

Ajoutant Ă  cet irritant le prix trĂšs Ă©levĂ© des billets et l’interdiction de photographier, je me demande si le propos du Dr. von Hagens est rĂ©ellement didactique ou bien bassement mercantile. Ce serait une question Ă  explorer trĂšs sĂ©rieusement avant que je ne lui fasse don de mon corps. D’ailleurs, sa volontĂ© affichĂ©e de protĂ©ger ses « droits d’auteur » rend sa dĂ©marche scientifique quelque peu suspecte.

Pauline Marois sortant d'une boĂźte surpriseQue serait le QuĂ©bec, au plan politique, sans le Parti QuĂ©bĂ©cois ? Une terre d’ennui coincĂ©e entre des syndicalistes de droite et des capitalistes de gauche. Heureusement, il y a le « PQ » et ses dĂ©bats hygiĂ©niques sur le sexe du rĂ©fĂ©rendum et le momentum de la souverainetĂ©.

Pour sa troisiĂšme course Ă  la chefferie, Pauline Marois ne devrait pas avoir trop de mal Ă  convaincre les militants qu’elle est la « femme providentielle » Ă  mĂȘme de remettre le parti sur les rails du pouvoir. Comme on le pressentait il y a un mois et demi Ă  peine, AndrĂ© Boisclair a trĂ©buchĂ© et, cette fois-ci, Pauline est en meilleure posture que jamais pour reprendre le flambeau de RenĂ© LĂ©vesque.

L’arrivĂ©e probable de cette grande pragmatique Ă  la tĂȘte du PQ ne devrait pas ravir ses adversaires de l’ADQ et du PLQ. MalgrĂ© son charisme froid, Mme Marois est trĂšs respectĂ©e (et ce Ă  juste titre) au QuĂ©bec. Et malgrĂ© la rĂ©cente dĂ©faite de SĂ©golĂšne Royal en France, il me semble que les peuples occidentaux sont de plus en plus enclins Ă  confier les rĂȘnes du pouvoir Ă  des femmes, confusĂ©ment considĂ©rĂ©es comme plus sensibles, plus rĂ©alistes et moins dogmatiques — bref, moins dangereuses — que leurs collĂšgues masculins.

Caricature de Sarkozy en Napoléon

Maintenant que les Ă©lections sont terminĂ©es, je peux rĂ©pondre Ă  cette troublante question sans que l’on m’accuse d’user de mon immense pouvoir d’influence pour renverser le cours de l’histoire (300 visites par jour, non mais vous imaginez ! ;). Voici donc pourquoi je n’ai pas votĂ© Sarkozy.

1) À bien regarder aller le monde, d’abord, je ne pense pas que la France rĂ©ussira Ă  conserver longtemps intactes ses « valeurs » ancestrales. Le climat change, l’Afrique change, l’Europe change et la France change aussi. Je n’achĂšte donc pas les discours conservateurs sur la nĂ©cessitĂ© de rĂ©primer l’immigration, mais plutĂŽt ceux qui prĂŽnent l’intĂ©gration. Si les banlieues françaises flambent rĂ©guliĂšrement, c’est justement parce que, depuis des dĂ©cennies, les dĂ©cideurs Français n’ont n’a pas su relever ce dĂ©fi-lĂ  (entre autres). Notons cependant que Sarkozi a largement adouci son discours, hier soir, et c’est tant mieux.

2) De toute façon, je ne vote plus, depuis longtemps, aux Ă©lections françaises. Oui, je suis fier de mon pays, cette « douce France » disparue en mĂȘme temps que mon enfance, mais le fait est que je vis depuis 18 ans Ă  l’Ă©tranger. À l’exception des immigrants temporaires, je trouve incongru de voter sans participer Ă  la vie nationale, Ă  l’Ă©conomie, ni faire face aux consĂ©quences de ses choix. La France aux français de toutes origines, races et religions; Ă  moi et Ă  mes descendants le Canada — qui change, lui aussi.

Ceci Ă©tant dit, cette Ă©lection m’a passionnĂ©, comme la plupart des Français. Son taux de participation trĂšs Ă©levĂ© en fait foi. J’aime le bouillonnement politique entretenu par les citoyens de ce pays. Bien plus qu’aux États-Unis, empire de l’individualisme par excellence, c’est la France, me semble-t-il, qui a ouvert la voie de la dĂ©mocratie moderne. EspĂ©rons qu’elle continuera de se rĂ©inventer.

Ce bouillonnement se traduit aussi par une vitalitĂ© culturelle, technique et scientifique qui font de ce relativement petit pays l’un des plus crĂ©atifs au monde. Qu’il soit gouvernĂ© Ă  gauche ou Ă  droite n’y changera rien, si ce n’est qu’il y aurait moins de tension avec un gouvernement sensible et rassembleur.

Hier, sur le boulevard Saint-Laurent, j’ai rencontrĂ© plusieurs jeunes Français dĂ©montrant trĂšs peu d’intĂ©rĂȘt pour cette Ă©lection. C’est normal. Ils sont loin de chez eux et tentent de se faire une place ici. Cela traduit peut-ĂȘtre aussi le fait que la politisation franco-française est largement tributaire du terreau socio-culturel dans lequel elle fleurit.

  • J’ai bien tripĂ©, cette nuit, en montant ce podcast transatlantique collectif.
  • ApprĂ©ciĂ© aussi ma recherche iconographique sur NapolĂ©on Sarkozy
  • Souri de cette petite blague « sarkaustique » : avec Bush Ă  Washington, Sarkozy Ă  Paris et Poutine Ă  Moscou, l’Axe du Mal (Irak, Iran, CorĂ©e) fait maintenant face Ă  l’Axe des mĂąles 🙂

Désolé, SégolÚne. Comme disait René Lévesque : à la prochaine fois !

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