Catégorie : Analyse

Comme vous-mĂȘme, je suppose, je reçois rĂ©guliĂšrement des demandes de connexion Facebook Ă©manant de personnes inconnues qui ne me donnent aucune façon d’Ă©valuer la pertinence de leur rĂ©pondre « oui » ou « non ». TrĂšs souvent, la consultation de leur profil, laconique et/ou insignifiant, n’apporte aucun Ă©lĂ©ment de rĂ©ponse.

business_cardPour ne pas ĂȘtre impoli, j’ignore donc leur demande tout en leur envoyant un petit mot personnalisĂ©, du genre:

« Bonjour GisĂšle. OĂč nous sommes-nous rencontrĂ©s? Si ce n’est pas le cas, que me vaut l’immense plaisir de m’interroger avec une grande perplexitĂ© sur la raison de votre demande de connexion? Â»

Quelle perte de temps!

Pourtant, chaque formulaire de demande est accompagnĂ©e d’une option « Ajouter un message personnel… » permettant, justement, d’ajouter une once de savoir-vivre, quelques explications, une touche personnelle, enfin, Ă  sa demande. Comment se fait-il que ces gens ne l’utilisent pas puisqu’ils s’adressent Ă  un pur inconnu?

Une carte d’affaires? La belle affaire!

Certes, ma copine Michelle Blanc affirme sur toutes les ondes accepter les demandes de n’importe qui car (je rĂ©sume) « on ne refuse pas une carte d’affaires, n’est-ce pas? Â». Michelle Ă©tant dĂ©sormais un personnage public, c’est son privilĂšge et son droit. Ce qui est vraie pour elle ne l’est cependant pas forcĂ©ment pour tout le monde et je vais tenter de vous expliquer pourquoi.

En ce qui me concerne, mon profil Facebook n’est pas un lieu de travail, mais de dĂ©tente personnelle et professionnelle, un « partenariat public/privé », en quelque sorte. J’y tiens librement des propos tantĂŽt professionnels, tantĂŽt personnels. J’y suis connectĂ© avec ma fille adolescente, des membres de ma famille, des collĂšgues de travail, des relations proches ou lointaines, voire mĂȘme des gens que je ne connais ni d’Adam ni d’Ève, mais avec qui j’ai eu des Ă©changes agrĂ©ables ici ou lĂ .

Je publie sur Facebook des Ă©lĂ©ments publics ainsi que des Ă©lĂ©ments classĂ©s « privĂ©s mais non confidentiels ». Je tiens donc Ă  connaitre un peu les gens Ă  qui je donne accĂšs Ă  mes donnĂ©es privĂ©es. IdĂ©alement, je m’impose de crĂ©er avec eux un dĂ©but de relation personnelle, mĂȘme si celle-ci est encore mince et embryonnaire.

Dans la vraie vie, je ne refuse jamais une carte d’affaires que l’on me tend en me disant bonjour, puis en m’adressant quelques mots d’explication et un sourire. Sinon, que ferais-je de la carte d’un inconnu dont je ne sais rien? Elle finirait dans une poubelle ou un tiroir. À quoi bon? Et pourquoi donnerais-je la mienne Ă  une personne qui ne m’adresse mĂȘme pas la parole? Pour me bercer de quelle illusion?

Connexion, mode d’emploi

En conclusion, j’invite tous celles et ceux qui souhaitent me compter parmi leurs amis Facebook Ă  ne pas le faire Ă  la lĂ©gĂšre. Je leur demande aimablement de se poser simplement cette question: « Pourquoi et qu’est-ce que j’ai Ă  Ă©changer avec ce type? Â». Ensuite, il leur suffit d’accompagner leur demande d’un petit mot *personnalisĂ©* et d’y partager avec moi la rĂ©ponse Ă  cette question. VoilĂ , c’est tout!

Si c’est encore trop leur demander, il peuvent toujours se connecter Ă  mon profil LinkedIn. Il s’agit lĂ  d’un strict profil d’affaires. Je n’y verrai donc aucun inconvĂ©nient.

Mise à jour (13 février 2012)

* DĂ©rives actuelles et bon usage de Linkedin:

Malheureusement, Linkedin est devenu entretemps le nouvel Eldorado des chercheurs d’or virtuel, collectionneurs de contacts et solliciteurs commerciaux en tous genres. À mon grand regret, je n’y accueillerai plus que les demandes de connexions pertinentes, c’est Ă  dire conformes Ă  la vocation de ce rĂ©seau de contacts professionnels avĂ©rĂ©s.

Je me suis rendu compte, en effet, qu’il n’est pas du tout pertinent de crĂ©er des connexions Linkedin factices avec des inconnus, aussi sympathiques et bienveillants soient-ils. En plus de « dĂ©layer la sauce » et d’affaiblir le rapport signal/bruit, cela dĂ©nature la valeur mĂȘme de ce rĂ©seau dans lequel tout contact dĂ©coule thĂ©oriquement d’une relation prĂ©existante Ă  mĂȘme d’engendrer, le cas Ă©chĂ©ant, une recommandation crĂ©dible. La nĂ©cessitĂ© de cette relation est Ă©crite noir sur blanc dans les conditions d’utilisation (article 8-2): « You agree that you will not:

  • Invite people you do not know to join your network;
  • Use LinkedIn invitations to send messages to people who don’t know you or who are unlikely to recognize you as a known contact; Â».

Si la magie de « l’effet rĂ©seau Â» permet d’y entrer en contact avec un grand nombre d’inconnus constituant autant de nouveaux contacts potentiels, c’est avant tout grĂące au filtrage bidirectionnel de personnes dignes de foi, pas Ă  l’aveuglette. Plus cette chaĂźne de confiance professionnelle basĂ©e sur l’expĂ©rience vĂ©cue est trahie par ses propres utilisateurs, plus Linkedin perd de sa pertinence et, avec elle, de son utilitĂ© socio-professionnelle. Pour ne pas dire de sa future valeur boursiĂšre, mais souhaitons-lui de ne pas en arriver lĂ .

Si vous cherchez Ă  faire de nouveaux contacts sur Linkedin, voici mes conseils:

  • N’envoyez jamais de demande de connexion Ă  une personne qui ne vous connait pas sans lui envoyer en mĂȘme temps un message personnalisĂ© contenant des explications claires et solides de ce geste;
  • N’affirmez jamais de contre-vĂ©ritĂ© en cochant n’importe quoi sur le formulaire de validation de la demande (« Comment avez-vous rencontrĂ© Untel? »);
  • Ne prĂ©sumez pas que le fait d’ĂȘtre abonnĂ©s Ă  un mĂȘme groupe Linkedin est une raison suffisante pour accepter votre invitation;
  • Participez plutĂŽt avec dynamisme aux groupes de discussion afin de dĂ©montrer qu’ils correspondent Ă  vos intĂ©rĂȘts professionnels majeurs. Vous y susciterez alors certainement la sympathie et l’intĂ©rĂȘt de gens qui, comme vous, sont ouverts Ă  de nouvelles connexions. Une fois qu’ils auront Ă©changĂ© leurs opinions avec vous dans une ou plusieurs conversations, ils seront prĂȘts Ă  rĂ©pondre favorablement Ă  votre message personnalisĂ© d’invitation.
  • Enfin, posez-vous toujours deux questions avant d’inviter une personne dans votre rĂ©seau:
    • Quel intĂ©rĂȘt ai-je Ă  Ă©tablir cette connexion, alors que je peux suivre cette personne sur un groupe de discussion Linkedin, peut-ĂȘtre aussi sur Twitter ou Google Plus, sans nĂ©cessairement l’ajouter Ă  mes contacts?
    • Quel intĂ©rĂȘt ma demande a-t-elle pour elle et comment la lui la mieux prĂ©senter ?

Ça a l’air bĂȘte comme ça, mais, Ă  en juger par les demandes que je reçois, bien des gens ne se posent jamais ces questions Ă©lĂ©mentaires !

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Marshall McLuhan l’a expliquĂ© il y a 44 ans: « le mĂ©dium est le message Â». Transformant nos perceptions, le rĂ©seau Internet a imprimĂ© sa marque sur la communication telle que nous la pratiquons. On lui devait dĂ©jĂ  le mode de conversation atomisĂ©e et asynchrone pratiquĂ© sur les blogues. Il conditionne aussi, dĂ©sormais, notre approche de la Web vidĂ©o.

Earth Hour 2008Il y a un rapprochement Ă©vident Ă  faire entre le caractĂšre Ă©clatĂ© du rĂ©seau Internet et le style de montage vidĂ©o qui s’avĂšre le plus apte Ă  capter l’attention des internautes, aujourd’hui, notamment les plus jeunes. J’en ai dĂ©couvert une illustration assez frappante, il y a quelques semaines, en visionnant deux vidĂ©os destinĂ©es Ă  promouvoir l’Heure de la Terre, un Ă©vĂ©nement participatif Ă  caractĂšre Ă©cologique organisĂ© par le Word Wildlife Fund.

La premiĂšre vidĂ©o est justement signĂ©e par la WWF. Une sĂ©rie de plans cinĂ©matographiques illustre un texte rĂ©citĂ© avec emphase par l’acteur amĂ©ricain Jeremy Piven, sur fond de musique pompeuse. Le concept de l’Ă©vĂ©nement y est exposĂ© dans le plus pur style « vidĂ©o corporative Â». La qualitĂ© est impeccable, le tout est trĂšs professionnel et… Ă  mourir d’ennui.

Rien Ă  voir avec cette vidĂ©o, nettement plus accrocheuse, entiĂšrement rĂ©alisĂ©e par le jeune humoriste torontois Derek Forgie. Pas de mise en scĂšne cinĂ©matographique. Pas de musique pompeuse. Pas de plan aĂ©rien — rien qu’un animateur crĂ©dible et allumĂ© qui, en se filmant lui-mĂȘme, nous livre son message en nous regardant droit dans les yeux.

Derek a eu l’excellente idĂ©e d’enregistrer sa narration Ă  plusieurs reprises et toujours dans la rue. En arriĂšre-plan, on dĂ©couvre un transformateur Ă©lectrique, le bureau local de la WWF, une plaque murale de Toronto Hydro, des immeubles commerciaux, l’HĂŽtel de ville de Toronto et la devanture d’un grand magasin : rien que du quotidien ! Il a variĂ© les angles afin de dynamiser l’image, puis a montĂ© le tout comme on tisse un patchwork, alternant les bribes de sĂ©quences au rythme de son propos.

Au final, ce discours « Ă©clatĂ© Â» dans l’espace et dans le temps retrouve sa continuitĂ© de dĂ©part, mais ce n’est plus un discours linĂ©aire « classique Â» plaquĂ© sur des images de circonstance. Il s’agit d’un collage de moments et de lieux distincts, restituĂ©s Ă  l’Ă©tat brut (style « reportage Â») et habilement superposĂ©s au montage.

Le caractĂšre asynchrone de ce petit film n’a rien Ă  voir avec les ellipses du cinĂ©ma classique. À la limite, on aurait pu choisir de mettre en scĂšne plusieurs personnages composant le mĂȘme discours dans des temporalitĂ©s et des lieux diffĂ©rents, comme cela se fait couramment dans les publicitĂ©s tĂ©lĂ©visĂ©es. On aurait alors abouti Ă  un effet de conversation unifiĂ©e, Ă  l’image mĂȘme de celles qui ont cours sur un blogue. Sous un angle strictement publicitaire, cela aurait favorisĂ© l’identification instinctive du spectateur avec les messagers. Mais le locuteur unique (et talentueux!) offre, dans ce cas-ci, beaucoup plus de connivence et augmente ainsi la force de persuasion.

La vidĂ©o n’est pas une conversation bi-directionnelle en soi, mais il est intĂ©ressant de constater qu’elle peut en rĂ©pliquer l’essence. Si les blogues sont le produit communicationnel des technologies de rĂ©seau asynchrones et dĂ©centralisĂ©es (Internet), on peut lĂ©gitimement se risquer Ă  affirmer que la Web VidĂ©o est le produit multimĂ©dia de la conversation telle qu’elle se pratique dans les blogues.

Il y a des enseignements simples Ă  tirer de cette hypothĂšse :

  • Pour ĂȘtre crĂ©dible dans une Web vidĂ©o, il est moins important d’impressionner que d’ĂȘtre « vrai Â».
  • Trois inconnus livrant un discours convergent en mode asynchrone seront plus efficaces, en multipliant ainsi les angles cognitifs, qu’une grosse vedette livrant le mĂȘme discours de façon linĂ©aire.
  • Ce n’est pas l’importance des moyens mis en oeuvre qui fait la diffĂ©rence, c’est leur adĂ©quation Ă  la communication Web et, surtout, la façon dont on les utilise.
  • Chaque billet de blogue est, on le sait, le point de dĂ©part d’une conversation Ă  plusieurs Ă©clatĂ©e dans l’espace et dans le temps. De la mĂȘme maniĂšre, chaque Web vidĂ©o est le point de dĂ©part d’une conversation entre un Ă©metteur et des rĂ©cepteurs qui rĂ©Ă©mettent vers d’autres rĂ©cepteurs, et ce idĂ©alement Ă  l’infini, selon le shĂ©ma de la longue traĂźne.

C’est cette conversation virale qui constitue le produit communicationnel recherchĂ© — et non la vidĂ©o elle-mĂȘme, qui n’en est, finalement, que la mĂšche « allumĂ©e Â». 🙂

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Une nouvelle vague de plateformes vidĂ©o mobiles a vu le jour en 2007 et commence tranquillement Ă  bĂątir sa niche sur le Web. Prenez les derniers protocoles de compression vidĂ©o, ajoutez-y une gamme de tĂ©lĂ©phones mobiles de pointe, une pincĂ©e d’interactivitĂ© puisĂ©e dans la blogosphĂšre, la puissance de diffusion d’un Youtube, nappez le tout de crĂ©ativitĂ© et… servez Ă  chaud, sans laisser reposer.

Le 24 mars dernier, une confĂ©rence sur l’Ă©volution et la monĂ©tisation de la vidĂ©o mobile se tenait Ă  New York, dans le cadre du MobileMonday local. Comme de raison, les tables rondes Ă©taient diffusĂ©es en temps rĂ©el sur Internet Ă  partir de simples tĂ©lĂ©phones portables. La qualitĂ© est minimale ― surtout le son ! ― mais il faut bien comprendre qu’on en est encore aux premiers balbutiements de cette technologie.

Natacha Quester-SĂ©mĂ©onCette semaine, la blogueuse et « webvidĂ©aste » française Natacha Quester-SĂ©mĂ©on ouvrait un canal sur Qik, une plateforme dĂ©diĂ©e Ă  la vidĂ©ophonie mobile en temps rĂ©el et lancĂ©e en novembre dernier. Robert Scoble, la star de la blogosphĂšre yankee, avait mis cette nouvelle pratique Ă  l’honneur lors du forum Ă©conomique mondial de Davos de janvier dernier.

Le long travelling de Natacha sur les quais de la Seine, diffusĂ© live en 3G, est relativement impressionnant, si l’on prend en considĂ©ration l’extrĂȘme lĂ©gĂšretĂ© des moyens de captation et de diffusion mis en oeuvre, les conditions de tournage nocturne et la vitesse du vĂ©hicule en mouvement. Évidemment, il s’agit ici de simples tests, de R&D Ă©ditoriale, en quelque sorte. Je vous conseille donc de baisser le son avant de lancer cette vidĂ©o :

Il est Ă©vident que les plateformes de vidĂ©o mobile comme Qik et Flixwagon ont de l’avenir. À terme, elles permettront de crĂ©er une nouvelle couche de Web communication interactive extrĂȘmement dynamique. Le killer feature de Qik, en effet, c’est la possibilitĂ© offerte aux webspectateurs de dialoguer avec les diffuseurs en temps rĂ©el.

Avec un peu de chance, en vous rendant sur la page d’accueil du site, vous vous trouverez face Ă  une vidĂ©o live en train d’ĂȘtre filmĂ©e. Au bas du cadre vidĂ©o, cliquez sur le lien « chat » et tapez un court message Ă  l’intention du cameraman. Une poignĂ©e de secondes plus tard, celui-ci pourra lire votre note sur l’Ă©cran LCD de son tĂ©lĂ©phone, y rĂ©pondre lui-mĂȘme ou la transmettre verbalement, le cas Ă©chĂ©ant, Ă  la personne filmĂ©e.

Il s’agit lĂ  d’un paradigme tout nouveau et trĂšs sĂ©duisant, surtout qu’il est dĂ©sormais trivial de diffuser les archives de ces flux live sur Youtube. ConsĂ©quence prĂ©visible : il sera de plus en plus difficile, pour toute organisation Ă©conomique, sociale ou politique, de contrĂŽler la libre expression de populations de plus en plus agiles avec ces technologies rĂ©volutionnaires. À tout moment, un tĂ©lĂ©phone pourra surgir et, discrĂštement, diffuser un Ă©vĂ©nement, un phrase incriminante, un commentaire dĂ©placĂ© ou une bavure en temps rĂ©el, sans qu’il soit matĂ©riellement ni temporellement possible de l’en empĂȘcher.

Il me semble que la dĂ©mocratie mondiale Ă  tout Ă  gagner de cette Ă©volution. Au pied du mur, la transparence et l’imputabilitĂ© dont elle a besoin pour progresser seront peut-ĂȘtre les seules options restantes pour ceux dont le succĂšs repose sur la crĂ©dibilitĂ©. À la moindre entourloupe, on devra assumer le risque de se retrouver instantanĂ©ment sur Youtube les culottes baissĂ©es. Cette vision est encore trĂšs utopique, j’en conviens, et les rĂ©actions musclĂ©es seront Ă  surveiller, mais c’est dans cette direction que le vent nous pousse Ă  vitesse 3G.

MobileMonday MontrealReste Ă  savoir si les opĂ©rateurs de tĂ©lĂ©phonie mobile canadiens faciliteront l’accĂšs rapide de nos concitoyens Ă  ces technologies, ce qui est trĂšs loin d’ĂȘtre le cas dans le contexte actuel. Raison de plus pour ne pas rater le premier « MoMoMo » (MobileMonday MontrĂ©al), le 14 avril prochain. Si cet Ă©vĂ©nement vous intĂ©resse, jetez un coup d’oeil Ă  la petite prĂ©sentation que nous en a faite SĂ©bastien Foiret, l’un de ses co-fondateurs, sur Intruders TV.

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