Christian Aubry

Web + Vidéo = Communication @ Montréal, Qc

Blog - 344 billets depuis 2003

Transparence: la vie privée n’est-elle plus qu’une forme d’hypocrisie?

L’ennui, avec les sites d’information payants comme celui du quotidien Le Devoir auquel je viens de me réabonner, c’est que les fils de commentaires des articles réservés aux abonnés n’y sont pas publiquement accessibles. Ce qui m’oblige, pour ne pas littéralement “perdre le fil”, à republier ma réponse à Denise Bombardier. Autre avantage fort bien illustré par @NicolasBoileau, « Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage / Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage / Polissez-le sans cesse, et le repolissez / Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. » ;~)

Transparence: la vie privée n'est-elle plus qu'une forme d'hypocrisie?L’évolution des technologies numériques, chère Madame, pose en effet des problèmes moraux qu’il est juste d’examiner. Je ne vous reproche pas ce questionnement mettant en cause le délicat rapport entre transparence et vie privée, mais j’aimerais vous suggérer un angle d’analyse un peu moins effrayant.

Nous sortons d’un siècle terrible, XXème du nom, qui a consacré la puissance et le déclin de tous les totalitarismes. Sous Hitler, Staline, McCarthy et Honecker, en effet, la défense de la vie privée était absolument essentielle à la survie de la liberté individuelle. Au Québec de la Grande Noirceur, étouffant de catholicisme intégral, elle permettait de respirer un peu.

Dans la démocratie représentative qui est aujourd’hui la nôtre, cependant, tout est différent. Le divorce, l’avortement et la garde partagée ne sont plus des péchés. L’homosexualité et même la transexualité sont socialement admises, même si des âmes conservatrices conservent encore à cet égard des préjugés. Nous savons depuis l’Antiquité que l’erreur est humaine, mais le pardon ne nous vient plus de Dieu, par l’entremise d’un prêtre plus ou moins vertueux. Il découle de nos propres législations des causes et des effets liées à nos conceptions de la complexité de la condition humaine. Nous sommes généralement mieux éduqués, mieux préparés au déferlement de la transparence.

D’ailleurs, qu’est-ce que la transparence? Très simplement et à titre individuel, selon moi, cela revient à vivre ouvertement selon (et en accord avec) ses principes et ses convictions. Si je crois que ce que je fais est inavouable, je dois courageusement le reconnaitre et tenter de modifier mes comportements, quitte à demander de l’aide à mes concitoyens. Si ce que je fais est juste, en revanche, pourquoi devrais-je le cacher? Je suis en droit de l’assumer pleinement, quitte à me battre pour faire évoluer la morale de mes pairs.

La transparence est inhérente au XXIème siècle

Au plan socio-politico-économique, la transparence est aujourd’hui nécessaire et nous pouvons le sentir tous les jours en consultant nos sources d’information favorites. Il est devenu inacceptable de diriger la société tout en acceptant des enveloppes brunes; de prêcher la vertu tout en exploitant sous la soutane la sensualité immature des enfants; de cacher des primes mirobolantes qui influent fatalement sur votre gouvernance; de polluer la planète en catimini; et, même, d’incarner un héros multimillionnaire tout en cachant ses petits travers pernicieux.

La montée de transparence (comme on dit “montée de lait”) à laquelle nous assistons est bien réelle. Elle est très largement induite par les technologies que nous avons nous-mêmes créées : « We shape our tools and thereafter our tools shape us », écrivait Marshall McLuhan il y a déjà 45 ans. L’évolution récente des technologies de l’information et de la communication entraine effectivement un recul des frontière de la vie privée, certes, mais elle s’accompagne aussi d’une moralisation forcée de la société, notamment de la politique, des entreprises et, marginalement, du show business, du sports business et du celebrity business.

Cette moralisation n’est pas inféodée à une idéologie politique ou religieuse. Elle est ancrée dans une culture de la tolérance. Votre vie intime n’est pas menacée si vous vivez modestement et sans porter à conséquence. Elle l’est, en revanche, si vous vivez sous les projecteurs de la société ou si vous prétendez influencer la vie de vos contemporains. Je trouve cela très sain. C’est même indispensable si nous voulons avoir une chance de régler les immenses problèmes auxquels notre espèce fait face (écologie => développement durable, démographie => démocratie).

Cela ne nous dispense pas de rester vigilant face à deux épiphénomènes : (1) la perversion d’un certain voyeurisme et (2) d’éventuelles dérives totalitaires, qui sont, dans ce contexte, de véritables ennemies. Mais, par pitié, ne jetons pas l’innocent bébé de la transparence avec l’eau du bain ;~)

Dans la démocratie représentative qui est la nôtre, aujourd’hui, tout est différent. Le divorce, l’avortement et la garde partagée ne sont plus des péchés. L’homosexualité et même la transexualité sont socialement admises, même si des âmes conservatrices conservent encore des préjugés. Nous savons depuis toujours que l’erreur est humaine, mais le pardon ne vient plus de Dieu par l’entremise d’un prêtre plus ou moins vertueux, mais de nos lois et de nos conceptions avancées de la complexité de la condition humaine. Nous sommes généralement mieux éduqués, mieux préparés au déferlement de la transparence.
D’ailleurs, qu’est-ce que la transparence? D’après moi, c’est vivre ouvertement selon (et en accord avec) ses convictions. Si je crois que ce que je fais est inavouable, je dois le reconnaitre et tenter de modifier mes comportements, quitte à demander de l’aide à mes concitoyens. Si ce que je fais est juste, je n’ai pas à le cacher; je suis en droit de l’assumer pleinement, quitte à me battre pour faire évoluer la morale de mes concitoyens.
Au plan socio-politico-économique, la transparence est aujourd’hui nécessaire et nous pouvons le sentir tous les jours en consultant nos sources d’information favorites. Il est devenu totalement inacceptable de diriger la société tout en acceptant des pots de vin secrets en argent comptant; de prêcher la vertu religieuse tout en abusant sous la soutane du corps de jeunes enfants, de cacher des revenus mirobolants qui influent fatalement sur votre gouvernance, de polluer la planète en catimini et, même, d’incarner un héros populaire multimillionnaire tout en cachant ses petits travers pernicieux.
La montée de transparence à laquelle nous assistons est réelle. Elle est très largement induite par les technologies que nous avons nous-mêmes créées : “We shape our tools and then our tools shape us”, disait Marshall McLuhan.
Cela entraine effectivement un recul de la vie privée, qui s’accompagne d’une moralisation obligatoire de la société, notamment de la politique, des entreprises et, marginalement, du show business, du sport business et du celebrity business.
Entendons-nous bien: cette moralisation n’est pas inféodée à une idéologie politique ou religieuse. Elle est ancrée dans une culture de la tolérance mais, aussi, de la vérité des causes et des effets. Votre vie privée n’est pas menacée si vous vivez modestement et sans porter à conséquence. Elle l’est si vous souhaitez vivre en pleine lumière et si vous prétendez influencer la vie de vos contemporains. Je trouve cela totalement sain. Je crois même que c’est indispensable si nous voulons avoir une chance de régler les immenses problèmes auxquels notre espèce fait face — écologie => développement durable, démographie => démocratie.
Cela ne nous dispense pas de rester vigilant face à d’éventuelles dérives idéologiques et totalitaires, qui sont en fait nos vraies ennemies. Mais, par pitié, ne jetons pas l’innocent bébé de la transparence avec l’eau du bain ;

Android Montréal s’invite au Momomo

Android Montréal s'invite au Mobile MondayÔ miracle! Figurez-vous que le groupe Android Montréal a été créé sur Facebook cette semaine et que ses co-fondateurs (John Brohan et moi-même) se rencontreront pour la première fois le lundi 7 décembre, au Café Républic, juste avant le Mobile Monday Montreal, alias Momomo. Celui-ci commençant à 18h30, nous invitons les utilisateurs de téléphones Android, alias “GPhones”, ainsi que les développeurs et gestionnaires intéressés par cette plateforme mobile à nous retrouver sur place vers 18h.

Nous espérons que le milieu québécois des technologies mobiles est bien conscient de l’arrivée d’un futur joueur de poids sur le marché, puisque l’Open Handset Alliance est déjà soutenue par 48 entreprises, dont plusieurs géants de l’informatique et des technologies mobiles. Il faut bien comprendre que le succès actuel du iPhone, basé sur la technologie propriétaire de Apple, sera très bientôt relativisé par l’arrivée sur le marché d’offres de plus en plus alléchantes tablant sur la puissance de Google et l’ouverture du système d’opération Android.

Aux États-Unis, déjà, trois des huit meilleures offres mobiles sélectionnées par le Silicon Alley Insider sont propulsées par ce système d’opération. Je gage que, l’an prochain, on en sera au moins à la moitié, et peu importe que le style inimitable et l’excellence du iPhone séduise toujours une certaine élite techno/sociale !

Or, que remarque-t-on, dans la prestigieuse liste des membres de l’Open Handset Alliance ? Sauf erreur de ma part, il n’y figure aucune entreprise canadienne. À croire que, dans nos contrées nordiques, le sigle OHA ne puisse pas signifier autre chose que Ontario Hockey Association ou, à l’extrême limite, Ontario Horticultural Association.

À Montréal, cité aux aspirations technologiques s’il en est, il serait vraiment dommage que nous passions à côté d’un tel phénomène et de telles opportunités d’affaires, notamment en Asie où la pénétration du iPhone reste encore très marginale et risque de le rester longtemps.

Outre cela — et, je l’avoue, très égoïstement ;) — j’aimerais bien qu’un pool de développeurs s’engage à porter sur Android l’application mobile d’Ile sans fil que Kolt Production a développé pour le iPhone et dont le code source sera ouvert dès la fin du mois. Ce serait un beau cadeau de Noël à faire aux centaines de bénévoles de cette association visionnaire qui facilite la mobilité sans fil dans notre belle et fière cité !

rezopointzero: une expérience néo-journalistique, économique et marketing

Cette entrevue de Diane Nadeau à propos des Pages Jaunes est la seconde vidéo que je publie sur rezopointzero, le blogue collaboratif animé par une coopérative de professionnels en communication numérique et en marketing Web lancée à la conférence webcom Montréal le mois dernier. Il s’agit d’une expérience d’autant plus intéressante qu’elle éclaire à sa manière l’une des nombreuses formes que pourrait prendre le « néo-journalisme » au XXIème siècle.

À partir du 25 janvier prochain, le blogue de rezopointzero se transformera en communauté semi-privée, l’accès à une partie de ses contenus et fonctionnalités d’échange étant alors réservée aux abonnés payants, qui feront partie intégrante du réseau. Il s’agit en effet d’aider les entreprises francophones à mieux comprendre les innovations Web par le biais d’articles de veille et d’analyse, mais aussi en les mettant en relation directe avec une communauté de spécialistes qui deviendront, par le fait même, les animateurs d’une communauté d’affaires d’un tout nouveau genre. Et. à ce titre, nous en sommes encore aux balbutiements du projet.

Des contenus payants sur le Web? Oui, nous croyons que c’est possible, à condition d’offrir une valeur ajoutée propre à Internet, ce que peu de médias ont réellement tenté jusqu’à présent. On se contente souvent de reproduire sur le Web les modèle d’affaires et de production qui ont fait notre richesse au temps des industries physiques et des médias de masse. Un peu comme les Pages Jaunes, justement, qui ont bien saisi la nécessité de déployer leurs annuaires sur le Web, mais qui l’ont fait, jusqu’ici, sans revoir de fond en comble leur produit. Leur offre commerciale est fatalement moins attrayante pour les entreprises ayant pignon sur Web.

Heureusement, il n’est jamais trop tard pour bien faire. Ni pour vous abonner à rezopointzero ;~)

Bienvenue à la méta-conférence #webcomlive !

webcom livePour la quatrième fois en deux ans, j’ai le plaisir d’animer aujourd’hui le webcom live, une « méta-conférence » diffusée en direct sur Internet à partir du foyer de webcom Montréal, où se rencontreront pendant toute la journée une foule d’experts et de praticiens des technologies Internet, des médias, de la communication et de l’entreprise 2.0.

Pourquoi « méta-conférence »? Parce que je ne diffuse pas la conférence comme telle — elle le sera dans quelques semaines seulement — mais un méta-discours sous forme de talk show semi-improvisé autour et, j’espère, au-delà de la conférence. Y participeront les organisateurs, commanditaires et conférenciers, bien sûr, mais aussi le public présent qui proposera, à notre micro, ses commentaires sur l’évènement.

Notre micro, en effet, puisque j’aurai le plaisir de le partager avec Sandrine Prom Tep et Charles Prémont, deux collaborateurs de taille. C’est que je bénéficie, pour cette quatrième édition du webcom live, du soutien intellectuel et financier de deux co-producteurs dont les logos sont affichés ci-contre, soit AgentSolo et le Lien MULTIMÉDIA.

Si vous ne pouvez pas assister à webcom, vous aurez ainsi accès un un aperçu riche et spontané de ce qui s’y passe. Vous pourrez passer vos commentaires et dialoguer dans le clavardage, intervenir en nous posant des questions, voire même créer votre propre show Ustream et nous proposer d’accueillir une mini-conférence à distance d’une durée de 6 à 8 mn maximum.

webcom live

Entrevue-éclair avec l’humoriste Bruno Coppens

Muriel Ide m’a invité à découvrir l’humour verbo-moteur de Bruno Coppens à la Maison de la Culture Maisonneuve, ce mardi 20 octobre. En écoutant quelques extraits de ses sketches, j’ai immédiatement pensé à Sol, le personnage clownesque incarné par Marc Favreau qui, comme lui télescopait les images et les mots dans un délire verbal saturé de “jouit-sens” poétique. Une affinité que l’humoriste belge ne conteste pas, bien au contraire.

Car le hasard voulait qu’il déjeunât tout près de chez moi, au Laïka, en ce dimanche midi. J’en profitais pour réaliser cette entrevue-éclair, l’interrogeant notamment sur sa relation avec notre clown national…

Martin Ouellette : « Payons la WebTV pour qu’elle reste gratuite! »

Installez Flash Player!

J’aime beaucoup Martin Ouellette, le président de Provokat. C’est un personnage épicé, inspiré et attachant. Un visionnaire d’une espèce et d’une honnêteté rare, même, puisqu’il est capable de donner une conférence qui remet en cause son propre modèle d’affaires.

Je croise souvent Martin à Yulbiz et, le mois dernier, il m’a parlé d’un billet qu’il voulait publier sur un modèle d’affaires 2.0 qu’il venait d’imaginer lors du RDV Media 2009.  Un modèle d’affaires pour la WebTV, basé sur le don et sur son corollaire, la gratuité. Très intéressé par son raisonnement, je me suis porté volontaire pour en faire cette capsule vidéo.

Pourquoi ? Eh bien parce que je crois énormément qu’il s’agit d’un modèle d’avenir pour les productions WebTV de divertissement et de fiction. Le temps de la propriété intellectuelle est dépassé, la culture doit désormais circuler plus librement et le plus souvent gratuitement, mais les créateurs et les artistes doivent également trouver le moyen de gagner leur vie correctement.

Il faut donc que quelqu’un paie, quelque part. L’État? À part les vedettes reconnues, ce sera difficile. Le public dans son ensemble? Cela va à l’encontre de la tendance qu gratuit que l’on observe depuis quelques années et qui devrait continuer à s’imposer. Alors qui?

  • Des “micro-mécènes”, d’abord, c’est à dire des gens comme vous et moi pouvant s’offrir le luxe d’envoyer quelques dollars à des créateurs de contenus numériques ayant de la valeur à leurs yeux, recevant en échange la gratification d’être publiquement associés à leur diffusion. Le ruissellement de contributions modestes a le pouvoir d’alimenter de grandes lacs de création.
  • Des entreprises et des marques, ensuite, qui trouveront encore plus avantage à investir dans des contenus de valeur plutôt que dans des publicités primaires (et la plupart du temps mensongères) fonctionnant de moins en moins. En s’associant à ces communautés de soutien artistique et culturel, elles gagneront leur sympathie et leurs oreilles attentives.

Dans le domaine de la WebTV professionnelle et ciblée, c’est un peu déjà comme cela que je fonctionne moi-même pour certains projets. Mes webdiffusions des soirées-conférences de W3Québec et du 3e Mardi, par exemple, sont produites en coproduction avec des partenaires issus de la communauté qui me soutiennent financièrement. Idem pour le talk show interactif du webcom live, que je produirai à nouveau le mois prochain en co-production avec AgentSolo et Le Lien MULTIMÉDIA. Une fois que mes objectifs stratégiques et financiers sont atteints, le contenu généré peut bien circuler et servir à d’autres fins. Il en va de même pour tous les artisans.

Et il en va de même aussi pour la capsule de Martin. Je l’ai produite à mes frais, mais rien ne vous empêche, si vous la trouvez utile, de me verser ne serait-ce que la moitié de 5 dollars en cliquant sur le bouton ci-dessus. Si cela fonctionne, j’inventerai le « DonatorRoll » en me disant qu’il y a peut-être de l’avenir pour les journalistes reporters d’image indépendants et culottés ;D

Adieu, Renée, femme nomade, âme libre pour l’éternité

L’impensable est arrivé. Paix à l’âme de Renée et compassion pour toutes celles et ceux que sa disparition plonge dans la peine. Son sourire est éternel et sa force vitale est maintenant en chacun de nous.

La “refonte” de Libé : un rituel primitif sans intérêt

Ce matin, j’ai été interpellé par un gazouilli que Jeff Mignon venait de publier sur Twitter et sur Facebook: “Quel journal redesigné (seulement) a vu ses revenus augmenter? C’est bien que Libé ait de l’argent pour faire de la déco.” Je venais tout juste de lire mes courriels. La newsletter quotidienne de Libération pointait en effet vers un document PDF de deux pages au lieu de la traditionnelle page Web attendue.

Ce choix de format, lourd et inutile dans le contexte de cette nouvelle, n’est pas anodin. En parcourant le dépliant auto-publicitaire, j’ai été sidéré. Voici, pour mémoire, les commentaires que j’ai renvoyés à Jeff par l’entremise de son profil Facebook :

Nuba - body painting by Rita Willaert - Licence Creative Commons BY/NC/SA

  1. C’est complètement ridicule. Je n’en reviens pas que la refonte Internet n’occupe qu’1/12e de page dans leur autopub PDF.
  2. On ne parle que de redesign graphique et éditorial. On introduit des abonnements payants qui ne donneront qu’une valeur ajoutée cosmétique aux abonnés — voir les articles au moment où ils sont envoyés à l’imprimerie, quelle belle affaire!
  3. Il n’y a là aucune vison de la valeur ajoutée d’Internet, de l’hypertexte, de la profondeur de l’info et des sources, enfin, qui restent encore inaccessibles, inviolées.

Au final, je crois qu’il ne faut pas chercher à comprendre cette nouvelle de façon rationnelle. Il faut au contraire l’interpréter de façon anthropologique, en intégrant la dimension irrationnelle qui justifie, même de nos jours, bien des prises de décisions humaines aux conséquences catastrophiques.

Plutôt que d’introduire dans sa refonte les concepts novateurs requis par le passage inévitable d’une économie matérielle à une économie immatérielle; plutôt que de se concentrer sur la valeur tangible de son produit, la valeur ajoutée offerte à ses clients et la logique profonde d’Internet et des médias sociaux, qui reconfigurent inexorablement nos besoins et nos habitudes de consommation de l’information, la direction de Libération a choisi de faire du bruit… avec rien. Elle a choisi le cosmétique, le rituel magique, l’incantation religieuse.

Quand le ciel leur tombe sur la tête, les humains primitifs revêtent des masques à plume, se dessinent des signes magiques sur le corps et exécutent des rituels destinées à chasser les mauvais esprits et à conjurer le mauvais sort. Le nouveau design éditorial de Libé n’apporte à peu près rien de neuf à part des mots creux et des concepts éculés. Il est du même ordre et aura fatalement le même résultat : aucun.

Pire. L’introduction de contenus payants sans réelle valeur ajoutée (voir plus haut) créera un réflexe de méfiance dans le lectorat, qui ne tardera pas à se sentir floué par la minceur des privilèges payants qu’on lui accorde. Or, au contraire, toute offre de contenu payante devrait puiser dans les fabuleux trésors encore inexploités par les entreprises de presse et ouvrir enfin l’accès à des contenus actuellement inaccessibles — ou très peu accessibles :

  • des sources textuelles, audio et vidéo brutes, mais validées, structurées, référencées, en consultation simple ou exportables aux fins d’exploitation par des éditeurs tiers (en mode “remix“), qu’il s’agisse d’autres médias, de blogueurs, d’entreprises ou d’organisations — bref, ce que j’appelle des « open sources ».
  • des dossiers thématiques exhaustifs, incluant une profondeur inégalée grâce, non seulement aux archives propriétaires du journal, mais également aux liens externes menant vers les pages Wikipédia, articles de blogues, autres sites de médias voire d’entreprises de ce monde qui, tous, constituent des sources auxquelles s’abreuvent les journalistes et auxquelles leurs lecteurs trouveraient probablement enrichissant de pouvoir également s’abreuver.

Cette future architecture de l’information « open sources » nécessite de grands investissements en formation. Les journalistes en place ne veulent pas, aujourd’hui, s’embarrasser avec la production de sources multimédia (audio et vidéo) en temps réel ou quasi réel. Heureusement, la génération qui arrive derrière n’a pas de scrupule à cet égard, d’abord parce que c’est devenu très simple avec les outils dont nous disposons aujourd’hui, mais aussi parce qu’elle a intégré cette dimension dans sa culture. Or, c’est le seul moyen dont la presse “écrite” dispose pour damer le pion aux médias électroniques (radio/TV) et aux médias sociaux sur lesquels l’information circule désormais en temps réel.

Cette future architecture de l’information « open sources » nécessite également le développement de systèmes informatiques complexes permettant de structurer, indexer, présenter, rendre digestes et accessibles ces masses d’informations spécialisées à haute valeur ajoutée. Au lieu de concentrer ses forces humaines et financières sur cet objectif stratégique aux plans économique, technologique et social, Libération investit son temps et son argent dans un rituel de cosmétique journalistique qui n’a aucune chance de fonctionner. C’est bien dommage.


Photo : Sudan deel 4 – De Nuba school / body painting
Photographe: Rita Willaert
Licence: Creative Commons BY/NC/SA

PS : Si vous êtes à Montréal (Québec) le week-end du 19-20 septembre, venez discuter du modèle d’affaires du journalisme « open sources » à Podcamp Montréal. Plus nous serons de fous à refaire le monde des médias et plus rira bien qui rira le dernier ;~}

Mise à jour @ 18h22 : Il y a quelques jours, 01net écrivait qu’« une application payante très innovante permettra d’accéder à d’autres services, dont on ne connaît pas encore la teneur ». Espérons que Libé ira dans le sens de l’ouverture des sources, de l’info multimédia, du temps réel et du remix. Si c’est le cas, je réviserai ma position en conséquence…

Machine à remonter le temps

février 2010
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