Mois : août 2005

HypergolfDaniel Paquet, un informaticien montréalais doté d’un véritable esprit humaniste et, notamment, du pouvoir d’écrire un texte en langue vernaculaire sans commettre 36 fautes de français, nous offre une belle page de réflexion, ce matin, dans Le Devoir. Sous sa plume limpide, le paradigme de l’hypertexte prend vie et renvoie la révolution de Gutemberg à sa place dans l’histoire de la transmission des idées.

« Plonger dans un livre, c’est entrer dans un cul-de-sac », explique l’auteur. La nouvelle organisation de l’information issue des capacités de traitement de l’ordinateur et de la subtile logique de l’hypertexte permet de rompre l’isolement temporaire du lecteur et de créer des liens entre mille choses éparses, instantanément. Les enfants d’aujourd’hui n’ont aucun mal à appréhender ce nouveau mode de pensée éclaté. On ne peut malheureusement pas encore en dire autant de tous leurs enseignants.

Excellente lecture, en cette matinée de rentrée des classes ratée pour cause de désaccords entre adultes. Je n’ai que trois regrets.

  1. Que l’on n’ait pas pris la peine d’informer le lecteur que ce texte a été publié (et abondamment commenté) pour la première fois, il y a déjà 18 mois, sur le site ConstellationW3. Il me semble que l’honnêteté éditoriale aurait été à ce prix.
  2. Qu’on en ait retiré ce paragraphe : « Avant d’envoyer sous presse le livre ou le journal, l’auteur et l’éditeur lisent et relisent cherchant l’impossible perfection. Il restera toujours des coquilles ou pire des erreurs, mais il est trop tard. Il est inutile d’y travailler encore. » Est-ce l’auteur, pour améliorer la fluidité du texte, ou l’éditeur, pour balayer devant sa cour, qui ont escamoté ces lignes?
  3. En posant cette question, je témoigne du fait que Le Devoir est loin d’avoir intégré toute la richesse de l’hypertexte. Son site est lui-même un cul de sac. Hors liens publicitaires, on cherche en vain des liens pertinents vers des compléments d’information externes, tels les articles de Wikipedia, par exemple, une autre publication en ligne ou, encore mieux, le rapport annuel d’une entreprise défrayant la chronique. Cette indigence s’explique-t-elle par la paresse, la peur de perdre des lecteurs ou bien la présomption (erronnée) que la consultation optionnelle de ces ressources n’intéressera aucun lecteur?

Malgré ces lacunes, je suis heureux d’avoir pu relire ce texte dans mon « mange-forêt » favori. Bravo à Daniel pour cet exposé simple qui aide à bien comprendre l’apport de la logique informatique à l’humanité. Notre capacité de faire des liens à temps [entre « pétrole » et « Katrina« , par exemple] et de gérer la complexité des systèmes à grande échelle marquera, en effet, notre destin et celui de nos petits-enfants.

La jeunesse ne dépend pas du nombre des annéesÀ la ligne 675 du Cid de Pierre Corneille, Don Rodrigue affirme que la valeur n’attend point le nombre des années. En ce temps-là, la vieillesse était plutôt mal perçue, comme l’exprime le vieux Don Diègue à la ligne 378 de l’acte précédent : « Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie ! » Or, qu’en est-il, aujourd’hui?

Plus on vieillit, plus on s’aperçoit que le corps et l’âme n’évoluent pas au même rythme. Je connais des jeunes de 25 ans plus vieux que certains vieillards de 78 dont le corps perd de sa vigueur, certes, mais dont l’esprit alerte ne s’arrête pas de vouloir et de produire du sens. Que choisir ? Être vieux dans un corps jeune ou jeune dans un corps vieux ? Personnellement, j’opte pour le second choix, ce qui m’évitera, j’espère, de devenir amer face aux flétrissures de la vie.

Samuel Ullman, un poète juif qui vivait en Alabama au début du 20ème siècle, est devenu célèbre au Japon grâce à un poème que l’on pourrait résumer comme ceci : la jeunesse n’est pas une période de la vie, c’est un état d’esprit, un effet de la volonté, une qualité de l’imagination, une intensité émotive, une victoire du courage sur la timidité, du goût de l’aventure sur l’amour du confort.

C’est à ce poème que j’ai tout de suite pensé en contemplant l’âge d’or du patineur, hier après-midi. S’il était de notre temps, Corneille aurait probablement interverti les rôles et la tirade du Cid, attribuée à Don Diègue, aurait commencé comme ceci : « Aux âmes bien nées, la jeunesse ne flétrit pas à l’ombre des années »…

@cceleraTIonSorti depuis quelques jours, le dernier numéro du magazine @ccéléraTIon est en ligne sur le site Web du CRIM. Il s’ouvre sur un dossier de six pages traitant du choix « logiciel libre vs. logiciel propriétaire » et destiné, parait-il, à éclairer les décideurs des entreprises à l’heure du choix.

En tant que partisan <-; objectif et mesuré ;-> des logiciels libres, je trouve ce dossier un peu timide. Il semble donner globalement raison aux publicités aggressives de Microsoft faisant valoir les moindres coûts de ses solutions face à celles du Libre — une prétention très discutable. Ce qui m’indispose le plus, cependant, c’est que les vrais arguments qui militent en faveur du libre — souveraineté technologique, meilleure sécurité d’un code sans tiroir secret, recyclage des efforts et des investissements déjà consentis par d’autres, interopérabilité — bref, tous ses aspects écologiques, renouvelables, équitables et holistiques sont évoqués bien timidement.

Il me semble qu’il reste un gros travail de communication à faire pour développer et établir la validité de cet argumentaire dans l’opinion publique. Cela dit, on ne peut que souscrire à la plupart des propos tenus par les rédacteurs et leurs sources. Le fait que le CRIM fasse de ce dossier l’élément saillant de son magazine trimestriel est en soi une bonne nouvelle. L’article suivant, qui met en parallèle Java et dot.net, est également non partisan et de bon augure puisqu’il banalise résolument le recours au libre. Constatons avec plaisir que le débat quitte ses « chapelles » traditionnelles et se tient, enfin, sur la place publique, et ce le plus calmement du monde.

Souvenirs, souvenirs...Au Monopoly, quand on passe par la case départ, on touche quelques dollars, puis on repart pour un tour. C’est ce qui arrive aussi après les vacances estivales. On encaisse son chèque de congés payés, les doigts de pieds en éventail, puis on rentre en dedans pour onze mois. Heureusement, il y a cette pub à la télé qui nous promet de beaux souvenirs…

À propos de souvenirs, je m’en voudrais de ne pas céder à l’appel de la mode. Après m’être offert le même appareil photo que l’ami cherchant, Éric Baillargeon — merci encore de tes bons conseils, Éric! — qui me l’avait fortement conseillé au Premier Mercredi du 3 août, je dois être l’avant-dernier terrien à lancer son photoblog. J’ai de chouettes photos de la Côte-Nord et de la Gaspésie à partager. Rincez-vous l’oeil et passez-moi vos commentaires. Ils seront appréciés 🙂

The new bossMicrosoft vient de nommer Kevin Turner au poste de directeur général (CEO) de l’entreprise. L’éditeur d’Internet Explorer règle ainsi un vieux contentieux avec le monde syndical puisque M. Turner a passé l’essentiel de sa carrière chez Wal-Mart. Sous sa gouverne, les observateurs s’attendent à ce que Microsoft se mette à facturer les bogues — jusqu’ici gracieusement offerts avec ses logiciels — tout en remplaçant le fatigant trombone de la suite Office par un associé virtuel qui vous dira chaque matin: « Alloooo John! Où voulez-vous allez, aujourd’hui? »

Carnetier à l'ouvrageGrâce à Technorati — et via Branchez-Vous! — je viens d’apprendre qu’il se crée un nouveau carnet Web par seconde dans la blogosphère mondiale, laquelle s’enrichit de 10,4 nouveaux articles par seconde. Comme j’aimerais bien faire partie des 13% de carnetiers créant du contenu au moins une fois par semaine, je m’empresse de rédiger cette note anormalement courte, j’en conviens, mais qui doit bien valoir au moins 0,4 article, n’est-ce pas?

Vacances domestiquesDear American friends,

Je regrette de devoir annuler ma visite prévue chez vous cet été. Les procédures permettant à un citoyen français résidant au Canada d’obtenir un visa sont en effet fort complexes. Les délais d’entrevue et de décision peuvent prendre jusqu’à deux mois. Enfin — et c’est la cerise sur le sundae — il me faudrait débourser pas moins de 100 $US pour obtenir un simple visa provisoire. À ce prix-là, j’espère que la gravure est aussi belle que celle des visas soviétiques !

Pour mémoire, j’ai obtenu mon visa de résident permanent au Canada pour 200 dollars d’ici. C’était il y a 16 ans, je vous l’accorde, mais quand même. Je suis également conscient que les mesures de contrôle des frontière mises en place par votre gouvernement, à la suite des attentats du 11 septembre, représentent une dépense importante et qu’il faut bien la financer. Reste que l’imposition d’un droit de visite de 100$ par tête de pipe est inacceptable de la part d’un pays se vantant de défendre de la libre circulation des biens, des personnes et des capitaux. Si j’ajoute à cela les mesures de sécurité qui règnent à l’entrée de votre consulat — on ne vous demande pas de vous déshabiller mais presque — le message que vous nous envoyez est le suivant : « Étrangers que seule l’amitié oblige à venir chez nous, comprenez que vous n’y êtes pas les bienvenus et allez passer vos vacances ailleurs. »

En conséquence, je vais vite me faire venir de France un passeport « lisible en machine », dit passeport Delphine, qui me rapprochera un peu plus de l’univers de Big Brother, certes, mais dont le produit financier restera au moins dans mon pays d’origine. Ce passeport sécurisé devrait me permettre de vous rendre visite pendant quelque temps sans trop de tracas frontalier. Si je comprends bien le scénario actuel, je suppose que vos fonctionnaires m’obligeront, dans un an, à l’échanger contre un passeport biométrique. Le cas échéant, dites-leur qu’ils se mettent le doigt dans la pupille, car j’aurai probablement obtenu, d’ici là, une authentique citoyenneté canadienne. L’ironie, c’est que j’en aurai fait la demande, après 16 ans de bonne et loyale résidence, afin de voyager en Amérique sans avoir à exhiber mon code génétique. Sage précaution, d’ailleurs, dans un Nouveau-Monde qui, à l’instar du bon vin et des mariages tristes, vieillit pour le meilleur et pour le pire.

Pour l’heure, j’irai donc passer ma dernière semaine de vacances sur la Côte-Nord du Québec. J’investirai les 100 $US épargnés à la frontière dans un bon couscous à l’orignal arrosé d’une bouteille de vin d’Espagne que je boirai — j’en fait le sarment — à la guérison de vos institutions.

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