Le cybertariat, ce n’est pas qu’une question de main d’œuvre sous-payée à entraîner des algorithmes dans le sud global. C’est aussi ces injonctions à produire toujours plus de contenu pour alimenter la machine à fric et à faux semblants des plateformes numériques commerciales.
C’est ce constat objectif que nous sommes tous, désormais, des opérateurs de médias sociaux dont la « performance » est calculée et stimulée en permanence, traduite en statistiques servies dans les tableaux de bord de nos addictions obsessionelles.
Il faut écouter la balado intitulée « Dans l’œil d’Alain Gravel: La grande fumisterie« , sur Ohdio, pour mettre en évidence les similitudes entre l’industrie du tabac et celle des médias sociaux. À quelques décennies d’intervalle, la mécanique générale est la même. Toutes deux reposent sur la création et l’entretien d’une profonde addiction chez les « consommateurs », habillée des atours du plaisir, et ce, malgré des effets destructeurs connus et documentés. Les maîtres du jeu s’ingénient à nier ou à minimiser ces effets en combattant les tentatives de régulation par tous les moyens dont leurs puissants lobbies disposent, peu importe qu’ils soient légaux, illégaux ou à la limite entre les deux.
La quête de puissance et de profit est un jeu où la tricherie semble tout à fait permise tant qu’elle n’est pas exposée au grand jour, jugée et, surtout, condamnée. Sauf que désormais, ce ne sont plus seulement les individus qui risquent d’y perdre la santé, mais la société toute entière.
L’industrie automobile repose, elle aussi, sur une profonde addiction délétère, comme en témoigne les incessantes publicités explicitement associées aux stimuli du plaisir pour des automobiles toujours plus lourdes, plus puissantes. Sans le martèlement de ces injonctions consuméristes, nous parlerions peut-être moins de ponts et d’autoroutes et investirions peut-être plus dans le transport actif ou en commun. Nous générerions peut-être un peu moins de gaz à effet de serre, aussi, cet autre poison invisible et insidieux.
Nommer une addiction, c’est bien mais ce n’est pas suffisant. Il faut ensuite s’en débarrasser, ce qui n’est jamais une mince affaire. Je peux en témoigner ici puisque ma bonne conscience s’est gentiment pliée à l’injonction. J’ai fait ma job matinale de cybertarien et je peux maintenant aller jouer dans ma vraie vie tout en comptant les « likes ». 🫣

