Le déclin du village québécois

Le Québec n’est plus ce qu’il était. Dimanche soir, ma blonde ramène un film à La Boîte Noire en auto. Elle s’arrête en double file, enjambe un banc de neige, dérape sur une plaque de glace camouflée sous une mince pellicule de neige fraîche, perd l’équilibre et se fracture violemment le radius un demi-pouce au-dessus du poignet gauche. Transpercée par la douleur, elle s’immobilise en grimaçant, cherche son souffle, gisant de tout son long sur le trottoir.

Un homme s’approche. Un homme normal, blanc, éduqué, quelconque. Visiblement gêné d’être témoin d’un incident potentiellement complexe, il passe en détournant les yeux. Carton rouge car, ce faisant, la sociabilité et la solidarité, deux valeurs fondatrices de l’identité québécoise, viennent de s’écrouler. Pas étonnant que l’on meure comme des mouches en Haïti si à Montréal, en plein hiver, on ne porte même plus assistance à une femme blessée sur le trottoir!

Carton jaune pour La Boîte Noire, épicerie fine du cinéma montréalais qui ne prend pas la peine de déglacer ses 15 pieds de trottoir. Il fut un temps, avant l’État providence, où les propriétaires et les commerçants déneigeaient et déglaçaient eux-mêmes leurs trottoirs en signe de soin et d’attention pour les clients. Aujourd’hui, ils veulent que les gouvernements municipaux et provinciaux assument cette responsabilité tout en réduisant leurs impôts le plus possible. C’est illogique et malheureux. Qu’ils commencent par jeter du sel devant chez eux avant de réclamer des baisses d’impôts!

Plusieurs amis m’ont fortement conseillé d’intenter un procès à la Ville de Montréal. Ils n’ont pas très bien compris que je ne saute pas à pieds joints sur l’occasion de faire cracher le système. Ils comprennent à la rigueur que je ne veuille pas m’aventurer dans des frais de procédures potentiellement rocambolesques; mais que je ne tienne pas nécessairement la Ville comme unique responsable de cet accident; que je trouverais obcène d’en retirer une prime en argent; qu’il me semble stupide d’appauvrir une administration que je co-finance moi-même par mes impôts; voilà qui leur en bouche sacrément un coin.

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Devant un ami juif à qui j’expliquais tout ça, j’ai ajouté que la différence entre la Loi du Talion des Juifs et la célèbre Parole du Christ , « Si quelqu’un vous brise le bras gauche, présentez-lui le droit », y était peut-être aussi pour quelque chose. Il a ri. Évidemment, j’ai fait la même farce à ma blonde mais elle ne l’a pas trouvée drôle.

Publié dans amicalmant.ca

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