Mois : juillet 2005

W3 QuébecFinalement, tout vient à qui sait attendre. Mes parents chéris, dont je suis généralement séparé par tout un océan, atterrissent à Dorval à 15h20, cet après-midi. Par ailleurs, après des mois de travail bénévole, le nouveau site de W3Québec est en ligne. Bravo à tous les collègues qui y partagent leurs connaissances, leurs expertises et qui lui ont consacré, de façon totalement bénévole, une bonne partie de leur temps libres. Je suis très fier de faire partie de cette association.

Un capitaliste sera toujours prĂŞt Ă  vous vendre la corde pour le pendre si cela peut lui rapporter de l'argent.Dans son enquĂŞte sur « les rebelles millionnaires », publiĂ©e ce matin Ă  la Une du Devoir, Antoine Robitaille s’emploie Ă  discrĂ©diter les rock stars qui militent en faveur de l’environnement et de la lutte contre la pauvretĂ© dans la monde. Leur attitude iconoclaste Ă  l’Ă©gard de l’establishment ne serait qu’une « posture rebelle » Ă  la mode, pour ne pas dire une basse opĂ©ration de rĂ©cupĂ©ration mercantile. Les raisonnements des « experts » sur lesquels il appuie cette thèse ne sont pas dĂ©nuĂ©s d’une certaine pertinence, mais ils sont un peu courts. Pour en extraire le sens rĂ©el, il faudrait les poursuivre jusqu’au bout.

Si les discours « rĂ©volutionnaires » des Bob Geldorf, Bono et autres Madonna de ce monde font aujourd’hui tant vibrer les foules, c’est qu’ils traduisent un profond sentiment de colère et de rĂ©volte au sein d’une frange de plus en plus large de la population mondiale. Ă€ la fin de l’excellent documentaire canadien The Corporation, le cinĂ©aste amĂ©ricain Michael Moore rappelle cette boutade voulant qu’un capitaliste sera toujours prĂŞt Ă  vous vendre la corde pour le pendre si cela peut lui rapporter de l’argent. « Je suis l’une de ces cordes, conclut-il. J’utilise cette faille du système pour mieux le dĂ©noncer. On me laisse faire parce que mes films sont populaires et qu’ils rapportent beaucoup d’argent. »

Vu sous cet angle, on comprend beaucoup mieux le succès de la « posture rebelle », nouvel objet de consommation dont les rock stars, ces baromètres sensibles de l’opinion, s’emparent afin de nourrir leurs crĂ©ations populaires. C’est effectivement l’un des nombreux paradoxes engendrĂ©s par notre civilisation suicidaire et entretenu par ses Ă©lites Ă©conomiques, politiques et mĂ©diatiques aveugles . Parmi tous les opposants au système capitaliste actuel, les plus efficaces sont ceux qui en tirent le plus grand profit matĂ©riel car cela leur confère, au sein de ce système, une lĂ©gitimitĂ© les rendant intouchables.

Ces grands surfers de la conscience populaire ont la particularité de parler un double langage : celui de la raison sociale et du développement responsable, qui anime de plus en plus le commun des mortels, et celui de la déraison capitaliste, socialement irresponsable et globalement destructrice, qui rassure les marchés obnubilés par le seul profit à court terme. Du coup, leur pouvoir est immense car ils échappent aux implacables machines de répression qui écrasent les mouvements populaires de contestation.

Je conseille vivement Ă  M. Robitaille de voir ou de revoir le film The Corporation, maintenant disponible en DVD dans les clubs-vidĂ©o. Son analyse incomplète s’en trouvera peut-ĂŞtre illuminĂ©e par une prise de conscience salutaire. Les attitudes et les personnages qu’il dĂ©nonce ne sont pas aussi vains qu’il l’affirme. Ce sont les symboles mĂ©diatiques nĂ©cessaires d’un monde chaotique se mettant en marche pour assurer sa survie.

GNU-Champagne!Sur 736 parlementaires europĂ©ens, 645 se sont prononcĂ©s aujourd’hui en faveur du rejet de la directive de la Commission europĂ©enne sur les brevets logiciels. Seuls 14 eurodĂ©putĂ©s ont soutenu ce texte, alors que 18 s’abstenaient et que les 59 autres prenaient une journĂ©e de congĂ©.

Cette dĂ©cision finale est une grande victoire pour tous les dĂ©fenseurs de la libertĂ© de concevoir, dĂ©velopper, diffuser et utiliser des logiciels de façon honnĂŞte et Ă©quitable. Le droit d’auteur, qui protège le code et non l’idĂ©e, leur suffit amplement. AppliquĂ© au logiciel, le principe des brevets dont on connait dĂ©jĂ  les consĂ©quences en biotechnologie, par exemple, aurait eu pour rĂ©sultat de rendre illĂ©gal l’implĂ©mentation dans un logiciel d’un simple clic de souris et de mille autres fonctionnalitĂ©s de base que se seraient empressĂ© de breveter, Ă  coup de millions d’euros, les grands groupes de l’industrie.

Le bon sens, l’esprit de coopĂ©ration et d’innovation vĂ©ritable auront donc prĂ©valu. Ce soir, j’irai fĂŞter ça au Premier Mercredi du YulBlog CafĂ© 🙂

» Détails et autres liens sur Da Linux French Page

L'oeil Ă©tait dans le blogue et regardait CaĂŻn :)Le 24 juin dernier, le chroniqueur techno de Radio-Canada, Bruno Guglielminetti, caressait ses lecteurs dans le « sens du poĂ«le » en leur signalant l’entrĂ©e du mot « blog » dans l’Ă©dition 2006 du dictionnaire Larousse. Évidemment, la levĂ©e de boucliers linguistiques ne s’est pas faite attendre et plusieurs commentateurs se sont dit offusquĂ©s que les Ă©diteurs français aient choisi l’emprunt direct Ă  l’anglais plutĂ´t que le nĂ©ologisme « blogue » prĂ©fĂ©rĂ© par l’Office de la langue française du QuĂ©bec.

Une rapide recherche dans Google permet pourtant de retrouver la trace des dĂ©pĂŞches d’agence originales, elles-mĂŞmes n’Ă©tant probablement que des concentrĂ©s de communiquĂ©s de presse plus dĂ©taillĂ©s. On y dĂ©couvre plusieurs quĂ©bĂ©cismes dans cette nouvelle cuvĂ©e lexicale — « calotte », « grignotine » ou « jambette » — ainsi que des belgicismes, helvĂ©tismes et autres italianismes, d’ailleurs. Bref, j’en dĂ©duis que notre langue s’abreuve Ă  plus d’une culture, tout en respectant le gĂ©nie propre Ă  chacune.

Quant Ă  l’orthographe controversĂ©e du mot blog[ue], l’usage majoritaire en assurera probablement la pĂ©rennitĂ©. LĂ  encore, Google recense près de 4 millions d’occurences du mot « blog » sur le Web francophone, contre moins de 340 000 pour sa version quĂ©bĂ©cisĂ©e. Cette dernière ne risque guère d’entrer dans le dictionnaire qu’Ă  titre de variante quĂ©bĂ©coise, ce qui semble correspondre assez bien Ă  la rĂ©alitĂ©. Et pourquoi pas, d’ailleurs?

Quoi qu’il en soit, cette anecdote sans importance prouve une fois de plus que le public ne sort pas grandi des pratiques journalistiques dominantes qui consistent Ă  triturer les dĂ©pĂŞches d’agences pour leur faire dire n’importe quoi. Sur le Web, on a pourtant la possibilitĂ© d’inclure dans ses textes des liens vers les sources au profit des lecteurs intĂ©ressĂ©s Ă  en savoir plus. Rares sont les journalistes en ligne qui offrent cette valeur ajoutĂ©e Ă  leurs lecteurs. C’est d’autant plus dommage qu’ils reporteraient ainsi sur eux la responsabilitĂ© de s’informer convenablement avant de porter un jugement.

Hebe de Bonafini sur la Plaza de Mayo, Ă  Buenos AiresHebe de Bonafini, prĂ©sidente de la Ligne majoritaire du mouvement argentin de la Place de Mai (les mères des enfants assassinĂ©es par la dictature), a reçu le Prix Education et paix, de l’UNESCO, en 1999. DĂ©but juin, cette femme courageuse et qui ne mâche pas ses mots participait Ă  une confĂ©rence contre le terrorisme (amĂ©ricain, entre autres) Ă  La Havane. Le chercheur français Salim Lamrani, spĂ©cialiste des relations amĂ©ricano-cubaines, l’y a rencontrĂ©e.

Au fil de cette entrevue, Mme de Bonafini dĂ©nonce crĂ»ment la propagande anti-cubaine et les atteintes aux droits humains perpĂ©trĂ©es, un peu partout dans le monde, par les Ă©lites amĂ©ricaines et leurs alliĂ©s europĂ©ens. Son regard sur le monde est assez diffĂ©rent que celui que colportent habituellement les mĂ©dias occidentaux. Il n’en est pas moins fort troublant.

» Lisez l’entrevue »

La misère des richesĂ€ quelques jours de la rencontre des huit chefs d’État les mieux nourris de la planète, l’opĂ©ration Live 8 a dĂ©ployĂ© une pyramide arithmĂ©tique extrĂŞmement signifiante : « Dix concerts, 100 artistes, un million de spectateurs, deux milliards de tĂ©lĂ©spectateurs et un seul message: que ces 8 hommes, rĂ©unis dans une pièce, empĂŞchent 30 000 enfants de mourir chaque jour en raison de l’extrĂŞme pauvreté », rapportait ce soir Radio-Canada.

Dans le mĂŞme bulletin de nouvelles, j’apprenais que les laissĂ©s pour compte du Moving Day peuvent recevoir jusqu’Ă  400 dollars de supplĂ©ment municipal de loyer par mois. Quelles que soit les difficultĂ©s qu’Ă©prouvent ces personnes, force est de constater qu’elles sont en bien meilleure posture que les habitants du Sierra Leone, dont le revenu moyen n’est que de 225 dollars par an.

BĂ©bĂ© P2PAffranchissant les internautes des architectures centralisĂ©es de type client/serveur, les protocoles de communications pair-Ă -pair (ou poste-Ă -poste) leur offre plus de libertĂ©, plus de souplesse, plus de performance, tout en entraĂ®nant une diminution sensible des coĂ»ts d’opĂ©ration, tant pour les diffuseurs que pour les opĂ©rateurs de rĂ©seau. Le P2P fait donc partie du paysage technologique et il y restera malgrĂ© les attaques conjoncturelles qu’il subit actuellement.

Le trafic illĂ©gal de musique ou de vidĂ©o ne constitue qu’un aspect très mĂ©diatisĂ©, certes, mais relativement limitĂ© de cette tendance. De plus en plus d’organisations utilisent en effet les rĂ©seaux P2P pour diffuser, le plus lĂ©galement du monde, des contenus Ă©ducatifs, culturels ainsi que des logiciels.

En voici trois exemples :

  1. L’Ă©diteur de logiciels libres Mandriva favorise la diffusion de ses distributions Linux via les rĂ©seaux poste-Ă -poste BitTorrent, minimisant ses frais de bande passante. En passant, Microsoft fait presque la mĂŞme chose en diffusant ses ressources sur les serveurs de cache d’Akamai, sans aller toutefois au bout de cette logique de distribution dĂ©centralisĂ©e.
  2. Le service en ligne français Jamendo propose aux musiciens un nouveau concept de conquĂŞte du public, notamment fondĂ© sur la diffusion gratuite d’albums complets sous licence Creative Commons. Les grosses machines du showbiz ont encore quelques rĂ©ticences face Ă  ce nouveau paradigme, mais elles y viennent peu Ă  peu — et Ă  leur manière — Ă©galement.
  3. La projet amĂ©ricain EduCommons utilise les technologies poste-Ă -poste pour diffuser des objets d’apprentissage qui intĂ©resseront tant les Ă©lèves et enseignants « traditionnels » que les entreprises en manque de formation.

Pourtant, les hauts cris poussĂ©s par les industries culturelles technologiquement et socialement conservatrices donnent du fil Ă  retordre aux partisans du poste-Ă -poste. La peur des poursuites pour atteinte Ă  la propriĂ©tĂ© intellectuelle terrorise les opĂ©rateurs de rĂ©seaux qui tentent par tous les moyens de s’en sortir, tout en contrĂ´lant par ailleurs ce type de trafic exponentiel qui pourrait bien se rĂ©vĂ©ler très coĂ»teux pour eux. Les dĂ©veloppeurs de matĂ©riels et solutions informatiques arrivent donc sur le marchĂ© avec toutes sortes de serveurs dĂ©diĂ©s, de filtres, de pare-feux et autres dĂ©fenses servant Ă  contrĂ´ler le trafic et Ă  bloquer les applications P2P quand c’est possible.

Or, c’est lĂ  que le bât blesse. Si l’on s’en tient Ă  la seule vision nĂ©gative de ce type de communications, on risque de refroidir le bain de bĂ©bĂ©. Ce serait dommage, vu que le P2P apporte des rĂ©ponses très pertinentes Ă  toutes sortes de problèmes contemporains. C’est pour cette raison qu’il ne disparaĂ®tra pas, d’ailleurs, mais encore faudrait-il lui laisser une chance de mĂ»rir en Ă©vitant, par exemple, de bannir de nos rĂ©seaux publics et commerciaux tous les trafics atypiques en les fourrant Ă  la hâte dans le mauvais sac.

Quelques lectures et ressources non raisonnées autour de ce sujet:

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