Mois : août 2006

Jamais je n’aurais cru passer plus d’une heure, ce soir, sur le site Web d’une marque de jean’s. C’est pourtant ce qui m’arriva. Diesel Heaven : un « voyage » remarquable dont je reviens indemne, mais avec plus de questions en tête que de réponses…

Les mille et une tentations de Diesel Heaven

La première évidence qui m’est venue à l’esprit, c’est que j’étais en présence d’une nouvelle forme d’art numérique interactif très achevé. Cette gigantesque animation vidéo hyper scénarisée est franchement… euh… magnifique. Ainsi, les marchands du temple de la mode sont prêts à enfouir leur discours mercantile derrière une riche fresque de lumière, de couleur, de mouvement, de musique et d’émotion.

Les artistes qui ont réalisé ce travail colossal ― car il s’agit véritablement d’artistes, à ce que j’ai pu voir et entendre ― sont au service d’une marque, comme Léonard de Vinci et Michel-Ange furent autrefois au service des princes. L’argent confère le pouvoir, le pouvoir nourrit l’artiste, l’artiste génère la grâce et celle-ci subjugue le peuple comme les puissants.

La seconde évidence, c’est que la communication de la marque ― car il ne s’agit pas de publicité, ici, mais bien de communication ― est entrée de plein fouet dans l’ère de la nouvelle cyberculture, atteignant un degré d’esthétisme supérieur à celui de bien des sites culturels. Derrière Diesel Heaven, sa richesse graphique, ses petits cadeaux numériques et son interactivité, il y a d’ailleurs d’autres sites remarquables, comme Camouflage Tales, un conte interactif à la gloire de l’amour et de la sensualité textile, ou Diesel Denim Dimension, un magistral défilé de mode virtuel, auquel on est invité à ajouter sa photo.

Je n’ai rien appris d’intéressant, ce soir, mais j’ai vécu un bon moment de divertissement en ligne, gracieuseté d’un fabricant de vêtements. Dois-je applaudir et en redemander ou bien me lamenter devant un tel gaspillage de talent?

Émotion pour un bout de chiffon
Saisie d’écran de Camouflage Tales

Hier soir, c’était le dernier mardi du mois, synonyme de YULBIZ. Comme tous les « derniers mardis », un groupe informel de gens d’affaires montréalais s’est rassemblé au Café Méliès pour prendre un verre en discutant de blogues, blogueurs, vidéoblogues, réseaux sociaux et référencement. J’y étais, avec ma caméra, captant quelques échantillons sensibles au hasard. Du coup, plusieurs nouveaux venus m’ont signalé que c’était la petite vidéo mise en ligne fin juin qui avait déclenché leur envie de venir tâter le terrain.

Atmosphère Yulbiz au Café Méliès[/caption]Pourquoi ? Parce qu’il n’y a en général rien de plus de convenu et de plus faussement réjouissant qu’un « cinq ascètes » entre gens d’affaires. À travers la vidéo d’ambiance, cependant, ces personnes ont perçu l’atmosphère conviviale, curieuse et passionnée de celle-ci. Ô joie du communicateur numérique événementiel ! 🙂

Raison de plus pour recommencer avec la séquence saisie hier soir. Raison de plus, aussi, pour encourager celles et ceux qui, dans la région montréalaise, se questionnent sur l’éventualité de lancer leur propre blogue d’entreprise à venir se rafraîchir (dans tous les sens du terme!) avec ceux et celles qui ont déjà franchi le pas. Prochain passage du YULBIZ EXPRESS au Café Méliès : mardi 26 septembre.

Enfin, permettez-moi d’affirmer haut et fort que la vidéo numérique est aujourd’hui (et pour longtemps) un élément de communication incontournable du Web. On peut encore s’en passer, certes, mais vu le prix que cela coûte maintenant, on aurait bien tort. La vidéo apporte à la page Web un surcroît d’émotion, d’information intuitive et d’humanité que l’écrit, l’image fixe et même l’audio ne peuvent, à eux seuls, communiquer. Sans parler des colloques, séminaires et autres événements qui mériteraient d’être diffusés bien au-delà des murs et de la temporalité d’une salle, aussi prestigieuse et achalandée soit-elle.

Pour en revenir à YULBIZ, je ne connaissais ni Philippe Martin ni Michel Leblanc, les deux fondateurs de ces « 5@7 » branchés, il y a six mois. Au fil de leurs « derniers mardis », je m’en suis fait des amis, m’enrichissant à la fois de ce qui me rapproche et de ce qui me rend différent d’eux. Le réseau social patiemment tissé, soirée après soirée, lien après lien, analyse après commentaires, par l’entremise de nos blogues personnels ou d’affaires enrichit mes connaissances, mon savoir-faire, ma vision et mon écosystème professionnel.

Si vous ne connaissez pas encore les « 5@7 » de YULBIZ, j’espère que cette nouvelle séquence d’ambiance vous convaincra de venir tâter en personne la température, le mois prochain. Il n’y a rien à acheter ou à vendre, donc rien à perdre… tout à gagner !


Ce billet a été publiée le30 août 2006 sur economielogique.com et transféré ici le 15 mars 2009, en prévision de la fermeture prochaine de mon ancien site corporatif.

Kim à Montréal, juillet 2006

Mon copain Kim Gjerstad joue avec le feu. Je ne sais pas si c’est le portrait de blogueur que nous lui avons consacré le mois dernier qui lui est monté à la tête, mais voilà que, de retour à Kinshasa en pleine crise post-électorale, alors que l’armée régulière et les milices rebelles se tirent dessus à balles que veux-tu, il a eu l’idée aussi géniale que téméraire de braquer une webcam sur le Boulevard du 30 Juin, du haut de son balcon. Bravo pour le courage, Kimmy, mais bon Dieu, fais gaffe aux retombées !

Heureusement, au bout de quelques heures, c’est l’ordinateur portable qui a rendu l’âme en premier. J’imagine que Kim va tout de même continuer à se débrouiller pour témoigner prudemment de ce qui se passe à Kinshasa, ouvrant ainsi une petite fenêtre de journalisme citoyen sur un conflit trop longtemps oublié. Le moins que l’on puisse faire, pour lui prêter main forte, c’est de visiter et commenter son blogue en lui recommandant, au besoin, de ne pas trop jouer les Tintin au Congo. À vos claviers !

Back to the future...

Intéressant, ce bas de page du Globe and Mail du mardi 22 août 2006, tel que photographié, ce midi, au restaurant. Du haut en bas, on y apprend le retour en force des grosses cylindrées dévoreuses d’essence, alors que le prix du pétrole n’a jamais été aussi élevé, puis ce sophisme d’Air Canada : « MORE SALES. LESS E-MAILS. » Bon sang, mais c’est logique ! Si vous prenez l’avion pour allez voir vos clients, vous aurez plus de chances de les convaincre de faire affaire avec vous et, par la même occasion, vous devrez vous taper moins de courriels. Allôôôôôôôôô ! Y a-t-il un pilote dans l’avion ?!?

Omar Aktouf

Le quotidien Le Devoir publiait, ce matin, une excellente contribution signée par Omar Aktouf sur le désastre libanais. Sous le titre Barbarie au Moyen-Orient et Arabes tétanisés, le professeur de gestion des HEC Montréal s’insurge avec rigueur contre la désinformation que nous servent sans vergogne les diplomaties occidentales et les agences de presse au sujet de ce conflit. Au-delà du cynisme occidental, il stigmatise les élites arabes dont les « revenus sont placés à Paris, à Londres ou à New York, et [que] la crainte d’idées et de groupes organisés (Hamas, Hezbollah, groupes chiites…) qui s’opposent aux familles arabes hyper-milliardaires (…) épouvante. Ils signeront plutôt les chèques qui garniront les coffres des multinationales qui viendront « reconstruire » Beyrouth, et qui assureront leur pérennité au pouvoir. »

En page B2, les lecteurs du même quotidien peuvent s’enrichir d’un texte de John R. MacArthur qui élargit cette analyse du cynisme diplomatique au Proche-Orient. Il remonte à la Guerre du Golfe et bien avant afin de nous faire comprendre le jeu pervers des grandes puissances (États-Unis en tête) dans la région. « Ayant acquis le goût pour le pétrole arabe (et iranien) pendant la Deuxième Guerre mondiale, écrit-il, l’Amérique avait appris les règles du jeu pour manipuler les nations arabes inventées par les Britanniques et les Français afin de mieux exploiter les biens des tribus et des clans rivaux. La règle diviser pour mieux régner continue d’une certaine manière d’être appliquée. L’instabilité et la guerre «communale» arrangent le maître colonial, du moins jusqu’à un certain point. »

(Malheureusement, ce brillant article est réservé aux seuls abonnés du journal. Je trouve cela aussi stupide que le fait de ne jamais ajouter des liens pertinents vers des sources externes aux articles, lorsqu’elles existent. Cela démontre une méconnaissance totale de la dynamique économique de l’Internet, les profits que Le Devoir retirerait d’une publication complète de ses contenus en ligne surpassant de loin les pertes qu’elle lui infligerait.)

Ceci dit, cela permet aux lecteurs exigeants de faire des recherches et de trouver facilement des perles équivalentes sur Internet. L’article de MacArthur publié par Le Devoir n’est, par exemple, qu’une traduction mise à jour d’une analyse publiée le 31 juillet dernier et disponible gratuitement, mais en anglais, sur le site de Harper’s.

Et puis cela m’aura permis de retrouver un autre article passionnant du même auteur que j’avais raté, le 24 juillet, sur la censure politique ou commerciale des médias français et américains. On y trouve notamment cette inquiétante citation : « La demande des médias et des entreprises de presse pour former leurs journalistes aux réalités du management est croissante, écrit Nicolas Beytout, directeur du cycle du programme et directeur de la rédaction du Figaro. Aujourd’hui, les nominations aux postes d’encadrement se font davantage sur des critères d’excellence journalistique […] pourtant il y a des professionnels prêts à s’investir pour se former à l’exercice des responsabilités intégrant management de proximité et logique économique qui déterminent la vitalité et la créativité des médias. »

Raison de plus pour apprécier l’engagement dénué de censure et de langue de bois d’un professeur de « management » québécois comme Omar Aktouf. Le fait qu’il soit d’origine algérienne, ancré à gauche et professeur plutôt que journaliste n’est certainement pas étranger à cette transparence.

Voilà pourquoi les libertés de migrer librement, de penser librement et d’enseigner librement sont aussi importantes que la liberté de presse. Partout où les logiques inavouables de l’exclusion et de la compromission s’insinuent, l’humanité recule et le diable se réjouit, pour reprendre la formule de conclusion de MacArthur.

Ruban anti-sida et ruissellement de sang

La seizième conférence annuelle sur le sida s’est achevée, cette semaine, sur un mot d’ordre constituant, dès le départ, son thème central : it’s time to deliverFinissons-en avec le sida! La logique économique implacable d’un Bill Gates donnerait-elle plus de résultats que la machine politique et sanitaire? Cela reste à prouver. Mais ce qui m’a le plus étonné, à entendre des dizaines d’analyses à la radio ou à la télévision, c’est le parallèle flagrant des discours concernant les deux ennemis publics numéro un de l’heure, le terrorisme et le sida. Un rapprochement abstrait mais riche de sens.

Je ne fais pas simplement allusion à la sortie remarquée du quatuor présidentiel de Médecins du Monde, dans Le Devoir du 12 août dernier. Certes, le sida tue bien plus que le terrorisme, mais ce qui est drôlement intéressant, c’est que leurs contextes et leurs modes d’action furtifs trahissent de grandes similitudes.

Le sida frappe d’abord des populations marginalisées — homosexuels, toxicomanes, prostituées — puis se répand dans l’ensemble de la société. Idem pour le terrorisme, qui recrute au départ des individus issus de populations marginalisées — musulmans extrémistes vivant au sein des sociétés occidentales — avant de se répandre dans les ghettos de banlieue d’Angleterre, d’Irak ou d’Indonésie, jusqu’à plonger toute la société dans la peur et l’angoisse.

Dans le tiers-monde, le sida prolifère sur le terreau de la pauvreté et de l’ignorance dans lequel baignent les populations sciemment sacrifiées par le reste du monde. Idem pour le terrorisme, qui permet à des Palestiniens sans futur ou à des Pakistanais de Londres ostracisés de transformer leur criminel suicide en héroïsme.

Le sida ne tue pas que des toxicomanes ou des individus aux comportements sexuels considérés, par la majorité normative, comme « déviants ». Dans le tiers-monde, il fauche aussi des femmes et des enfants aussi « innocents » et démunis, face au fléau, que le sont les victimes innocentes du terrorisme néo-européen ou irakien.

Le sida n’est pas qu’une maladie active. C’est aussi une épée de Damoclès se terrant silencieusement dans des cellules baptisées « réservoirs à virus » jusqu’au jour où elles quittent leur réserve pour déclencher une pathologie. Ainsi, là où la pandémie règne, tout le monde est « à risque » et tout partenaire potentiel est suspect. Il en va de même pour le terrorisme qui positionne en catimini ses « cellules dormantes » dans la société, jusqu’à ce qu’un ordre ou un impératif logistique les réveille de leur sommeil.

Le sida hypothèque l’économie des pays pauvres. Le terrorisme ralentit celles des pays riches, non sans porter atteinte à leurs droits civiques.

Le sida est l’ennemi de tous les gouvernements mais ceux-ci posent rarement les bons gestes pour l’éradiquer. Ils privilégient la recherche pharmaceutique, certes très importante, mais sans trop d’emphase sur l’éducation, la prévention et l’éradication de la pauvreté. Ils s’attaquent ainsi aux symptomes de la maladie plutôt qu’à ses causes. Même chose pour le terrorisme, face auquel les gouvernements anglo-saxons de la planète brandissent la menace militaire et la répression sans reconnaître les problèmes inhérents à la décolonisation bâclée du Proche-Orient.

Quelles conclusions tirer de tout cela ? Je ne le sais pas vraiment. Peut-être qu’il est difficile de lutter efficacement contre une réalité que l’on n’ose pas regarder en face. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Le 6 août 2006, des milliers de Montréalais manifestèrent dans les rues de la métropole québécoise afin de réclamer la paix immédiate au Liban. Le défilé dura 26 minutes et 46 secondes, comme l’atteste très précisément le plan-séquence ci-dessous, et rassembla quelque 15 000 personnes, selon Le Devoir.

Pour le YulBlogger Jonas Parker, il ne fait pas de doute que ce défilé était beaucoup trop pro-Hezbollah. Or, s’il est vrai qu’un certain nombre d’arabes canadiens exaspérés arboraient les couleurs du mouvement chiite libanais et scandaient des slogans anti-israëliens, le montage vidéo du site Judeoscope.ca, qui dure à peine plus d’une minute, ne montre que cette réalité. Elle occulte du même coup la présence de milliers de manifestants plus sages et plus modérés, quelles que soient leurs origines. Quant aux libanais qui défilaient sous le drapeau de leur mère-patrie, ils avaient au moins autant de légitimité que les milliers d’italo-canadiens et de franco-français fêtant les victoires de leurs équipes nationales lors de la dernière Coupe du monde de football.

En ce qui me concerne, voilà tout ce que je souhaitais capter en tournant ce plan-séquence : la réalité. Si le blason du Hezbollah est redoré par la destruction du Liban, cela n’a rien pour m’étonner.

*

Hier soir, à l’issue d’une couverture nuancée de la manifestation, Radio-Canada donna la parole au consul général d’Israël à Montréal, M. Marc Attali. Celui-ci dénonça vigoureusement la présence des drapeaux du Hezbollah au milieu de la foule, puis rejeta sans nuance la faute de la guerre sur le mouvement chiite libanais qui — c’est vrai — tue des civils israëliens et utilise la population libanaise comme bouclier humain. Mais il ne commenta nullement le fait que Tsahal n’a pas plus de scrupule à liquider froidement des civils libanais et palestiniens. Il évita également la question des « colonies juives de peuplement » qui sont, elles aussi, des boucliers humains permettant de conquérir, illégalement et par la force, le territoire palestinien.

Encore une fois, on ne règlera pas cet interminable conflit en jouant à l’oeuf et à la poule. Il faudrait prendre quelque distance et considérer l’historique complet du dossier, des premiers pogroms à aujourd’hui, en passant par l’Affaire Dreyfus, le mandat britannique en Palestine, la Shoah, la décolonisation et tout le sang — plus souvent arabe que juif — qui coula depuis.

Les Occidentaux ont autant de responsabilité dans ce qui se passe là-bas que les peuples du Moyen-Orient et ils ont donc aussi leur mot à dire. En tant que citoyen occidental, j’aimerais faire savoir aux gouvernements d’Israël et des États-Unis (voire, à l’occasion, du Canada) que j’en ai assez de la réthorique à « deux poids, deux mesures » derrière laquelle on masque sans cesse les évidences inavouables de ce conflit. Israël a le droit d’exister, certes, mais le Liban et la Palestine aussi. Pas comme un bantoustan que l’on tolère tant qu’on y accepte sans broncher le désespoir et la misère, mais comme un pays viable exprimant les aspirations démocratiques de citoyens ayant autant de devoirs et de droits que moi.

Aucune négociation de bonne foi n’ayant réussi à mener la région de la « Terre-Sainte » (?!?) à une paix assez juste pour durer, on peut difficilement reprocher à certains pays de la région de rêver à la bombe atomique. Certains matins, en écoutant les nouvelles à huit mille kilomètres de distance, j’en arrive à me demander si la seule solution ne consiste pas, en effet, à rayer toute cette région de la carte. Ce serait tout de même navrant d’avoir laissé couler tant de sang, d’encre et de temps pour en arriver à une « solution finale » rivalisant d’atrocité avec la fureur nazie !

Mobilisation médiatique générale

Comment parler du Liban quand toute la blogosphère en parle ? D’un autre côté, peut-on garder le silence face à un génocide larvé et à la mise à nu d’une tentation totalitaire que l’on espérait révolue ? Car cette guerre totale qu’Israël a déclaré au Hezbollah est bel et bien d’inspiration totalitaire. Elle englobe sans distinction toute race et toute religion. Elle vise les ennemis déclarés au même titre que les innocents. Elle dissout les structures sociales et raye de la carte les biens, les réalisations, l’espoir et la mémoire de tout un peuple. Quel que soit le nombre de « morts physiques », chaque Libanais est atteint par ce génocide psychologique, économique et culturel, confronté aux ruines fumantes de son pays, aux souvenirs de ses proches ensevelis et à sa formidable impuissance. Car la résolution de ce conflit, bien sûr, se joue ailleurs.

Si résolution il y a, il faudrait la dresser sur les décombres des illusions du XXème siècle. C’est à l’aube de ce siècle maudit que le libéralisme triomphant engendra la première guerre « totale » ― quatre années de sang et de haine curieusement baptisées « Grande Guerre », comme s’il y avait une grandeur quelconque à déchaîner l’horreur. Les séquelles mal soignées de ce massacre favorisèrent, par la suite, la montée de deux totalitarismes s’opposant, apparemment, au libéralisme, soit le fascisme et le communisme.

Pourtant, ces trois idéologies, qui se heurtèrent alors de plein fouet, ont en commun d’être fondés sur des systèmes de pensée niant la complexité et la subtilité de la condition humaine. Ce qui débuta par une « Drôle de guerre » se termina, quelques années et millions de morts plus tard, par un holocauste, quelques génocides marginaux, deux catastrophes atomiques et la destruction de vastes portions du monde dit « civilisé ».

C’est dans ce contexte chargé de blessures profondes que fut scellé le destin de la Palestine. Bien entendu, on ne donna pas voix au chapitre à la plupart des populations concernées. Ainsi naquit Israël, premier pays virtuel de la planète, issu du colonialisme et de la barbarie, porteur de tous les péchés du monde, héritier de la Colère de Dieu et de la Fureur des Hommes.

Le malheur des uns ne fait pas nécessairement la sagesse des autres et Israël évolua comme on le sait. Côté jardin, c’est une démocratie irréprochable dans laquelle se mirent complaisamment toutes les élites de l’Occident. Côté cour, c’est une superpuissance militaire prête à tout pour assurer sa survie, y compris à perdre son âme en rayant pratiquement un pays de la carte.

Juifs, Chrétiens ou Musulmans; Catholiques ou Protestants; Chiites ou Sunnites; Israëliens, Libanais, Palestiniens, Syriens, Irakiens, Iraniens, Saoudiens ou Égyptiens; tous sont des hommes appelés à s’entraider et vivre ensemble. Il est inconcevable, six ans après le début du XXIème siècle, que nous n’ayons pas encore tiré la leçon des horreurs du passé, que certains de nos dirigeants pensent encore le monde en termes manichéens (le Bien absolu contre le Mal absolu) et que ressurgissent les vieux démons du suicide humain ― car c’est aussi de cela qu’il s’agit.

Espérons que les Montréalais iront manifester nombreux en ce dimanche 6 août, non pas pour régler le problème du Proche-Orient (car ils n’ont certainement pas plus de prise sur ces événements que les Libanais eux-mêmes), mais pour exprimer leur rejet formel de tous les totalitarismes.

Espérons, sans trop y croire, que la terreur qui s’épanouit si bien de l’Irak à la « péninsule » (?) de Gaza en passant par le Liban n’est que l’un des derniers trous noirs dans lequel le totalitarisme se concentre et se consumera.

Espérons que les citoyens du monde finiront par s’affranchir des idéologies meurtrières et des systèmes productivistes cherchant à les asservir à leurs fins propres, transformant les uns en victimes impuissantes et les autres en monstres surpuissants.

L'urinoir du Novotel Montréal Centre est rempli de cubes de glace et de quartiers de citron frais

À l’époque des superlatifs stériles, certains designers perdent leur âme dans le mauvais goût. L’urinoir de l’Hôtel Novotel Montréal Centre offre un très bel exemple de surenchère cynique. On y pisse dans des cubes de glace parsemés de quartiers de citron frais. Bien entendu, le citron à bon goût et la glace évoque la pûreté. Le passage du pipi à travers ce mélange, qui constitue une richesse rare pour les deux tiers de l’humanité, concasse néanmoins les valeurs morales de cinquante siècles de civilisation. L’arrière-goût est amer.

Celles ou ceux qui ont imaginé une telle association symbolique avaient probablement le désir de créer « la référence en termes d’innovation dans l’hôtellerie midscale » (sic). Étaient-ils cependant obligés d’être aussi pauvres d’esprit ? Les gestionnaires ayant acheté leur idée l’ont sans doute trouvée rafraîchissante, mais comment ont-ils fait pour ne pas percevoir sa touche glaciale de cynisme révoltant ?

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », écrivait déjà Rabelais il y 500 ans. L’avertissement est toujours valable et il s’applique à de nombreux domaines d’activité humaine. La technologie, la création, la communication et le marketing ne sont pas les moindres. Pensez-y bien !

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